samedi 20 avril 2013

Gabriel Eugène Kopp poursuit sa route

© Dernières Nouvelles D'Alsace, Reflets DNA du 13 avril au 3 mai 2013.


Il noircit des pages depuis plus de quarante ans, invente des histoires depuis l'enfance. À 62 ans, Gabriel Eugène Kopp est pourtant un jeune écrivain. Prolifique, à la limite de la graphomanie, le Haguenovien publie depuis quelques années des romans de science-fiction (Au nord-nord-ouest d'Eden en 2008, La dernière Nécropole en 2009), des nouvelles (Le Poisson en 2011 ou Qui veut tuer le loup... en 2012) et de la poésie, à un rythme effréné.

Son dernier né date de février. Un jour je m'en irai - Suites exotiques (Flammes Vives) est un recueil de poèmes en trompe-l'oeil. On croirait presque, déjà, à une oeuvre testamentaire. Les premiers vers sont balayés par un vent chaud, bercés par des flots qui rappellent ceux de Caraïbes, paru en 2009. Puis les images s'assombrissent, se durcissent, la mort rôde, comme dans Mots de passe, encore un recueil de poésie (2010). Au détour d'une page, nous voilà dans un synopsis de polar savamment distillé par cet admirateur de Conan Doyle ; ou alors dans un poème en trois prises, comme au cinéma, une autre passion. Gabriel Eugène Kopp s'amuse de cette apparence de « patchwork » quand lui voit un nouveau chemin. « J'ai l'impression d'avoir fait un nouveau pas, de changer de style. Quelque chose commence....»

Récompensé de plusieurs prix littéraires, membre de la Société des poètes français depuis 2012, l'auteur est pourtant loin de se sentir arrivé. Infatigable travailleur, toujours en quête du mot juste, Kopp, psychologue clinicien de métier, ne jure que par le doute. Et l'expérimentation -- du feuilleton en streaming (Para Bellum) à la mise en musique de ses rimes, en passant par la sculpture improvisée.

« Je m'en irai/La main ankylosée/Sur ta hanche fantôme/vacillant dans le noir », écrit-il dans son recueil du même nom. N'en croyez pas un mot : Gabriel Eugène Kopp a le verbe plus vivant que jamais.

Céline Rousseau

    dimanche 24 mars 2013

    Rêveurs

    - Quatrième épisode -


        Deux rêveurs, sortis de leur école, extraits de leur cirque, se trouvent tout droit plantés dans la mélasse. L’un de leurs interlocuteurs semble cependant doté du sens de l’humour : un prof, un clown, un planteur de cannes ? 
     

        Toute la bande explosa de rire. Pour l’instant, le caractère amusant de la situation nous échappait encore un tantinet. À part faire sous nous, et y rajouter quelque vomissement de bile et d’angoisse, l’expectative prudente paraissait la meilleure stratégie en l’occurrence. Avec la constriction frénétique des méats et autres muscles du maintien. Respirer semblait aussi une bonne initiative.
        Le même guerrier, le capitaine ? reprit :
        « Oui, la prudence, le temps de contenir la trouille ! Je vois que maître Galvenu a laissé de bonnes traces dans vos âmes ! »

        Là, il nous avait étonnés. Et sa réaction minimale nous informa qu’il l’avait perçu. Ce type n’en voulait peut-être pas uniquement à nos génitoires, mais il était très certainement intelligent, bien savant et dangereux. Il repèrerait la moindre peccadille. À ne pas sous-estimer.
        « Vous faites partie de quelle promotion ?
        — Soixante-deuxième, capitaine. »
        Je m’étonnais de parvenir à articuler de manière satisfaisante.
    « Bon, eh bien considérez-moi comme une espèce de grand ancien… Trente-troisième pour vous servir.
        — Donc vous savez fort bien que nous ne pouvons pas vous aider ?
        — Je ne l’ignore pas. Vos capacités ne m’intéressent pas : il y a ici suffisamment de sensitifs expérimentés pour que nous n’ayons pas besoin de nous encombrer de débutants ! Ceci dit sans vouloir vous vexer. Non ! C’est votre chance et votre à propos qui m’impressionnent : vous avez failli échapper aux villageois qui pourtant sont bien organisés et vous êtes tombés sur la bonne faction, de faction à votre arrivée ici… »
        Et en plus il jouait sur les mots le bougre. Comme il aurait joué avec nos osselets, pensai-je dans le même mouvement avec un frisson. Il avait l’air très à l’aise. Il poursuivit :
        « Tout aussi louable, votre petite arnaque spontanée consistant à survivre à nos hommes, en vous prétendant “ rêveurs ” sans rajouter le qualificatif. C’était de bonne guerre ! Vous comprendrez cependant que cela nous mette dans l’embarras, vous et nous.
        — Une porte dérobée… suggéra Xand, mon complice, en chevrotant.
        — Hors de question, fut l’interruption, si nous ressortons d’ici sans aucun des deux rêveurs, c’est nous qui serons sur la table pour le dîner. Nous sommes d’excellents combattants, dotés de capacités psychiques intéressantes lors des batailles, mais nous ne sommes que vingt et un. La troupe est forte de plus de cinq cents guerriers et certains sont bien mieux entraînés que nous. L’état d’énervement de la communauté est arrivé à son point de saturation. Tout le monde doit être prudent. Si votre arrivée ne faisait pas partie de nos plans, votre fuite ne fait plus partie de leur révision. »
        Il resta silencieux un instant comme pour peser le mot qui suivrait :
        « Ni de notre survie... Et si par malheur nous réussissions à vous faire sortir d’ici, que votre maladresse se reproduise et que vous vous fassiez attraper par une autre de ces milices — le pays est enclos et quadrillé, je vous l’assure — je ne donne pas deux secondes aux gardiens de la porte pour vous reconnaître, hurler ou non à la trahison, donner l’alarme et mener une escouade agitée jusqu’ici. Pour le final de la pièce, tout le monde se retrouverait de toute façon à table, égorgé. »
        Il devait avoir conservé ce sens de la phrase et du cabotinage de ses années foraines, mais c’était si gentiment demandé : on leur avait fourgué deux idiots défectueux, et ils n’avaient pas l’intention d’annuler la vente. Je ne nous voyais pas refuser :
        « Non, messieurs, nous vous gardons et nous vous convions à trouver une solution avec nous.
        — En quoi pouvons-nous aider ?
        — En mettant vos talents au service du statu quo… Je m’explique : nous voudrions que rien ne change jusqu’à la découverte d’un authentique rêveur naturel.
        — Que se passe-t-il, qui nous fasse craindre qu’autre chose de pire puisse se produire ?
        — Excusez-moi, j’oublie toujours que nous avons été élevés hors du monde à l’école des rêveurs. Les gens qui ont connu le siècle avant d’y entrer sont toujours encore très rares ? Vous êtes quasiment nés entre ses murs, c’est ça ?
        — J’avais 2 ans quand j’y ai été vendu. Et Xand à peu près le même âge. Nous en sommes sortis depuis cinq ans. Mais nous avons suivi les cours d’anthropologie sociale.
        — Sans vous endormir ? Parfait ! »
        Ce capitaine eut un sourire engageant qui détendit l’atmosphère :
        « Bien alors : explications subsidiaires, votre attention je vous prie. Les efforts pathétiques des paysans pour trouver un rêveur ne seront manifestement pas couronnés de succès, nous le savons et nous avons envoyé neuf résonateurs, les plus doués psychiquement de notre groupe, en chercher un avec les moyens qui nous sont propres. Entre temps, rien ne doit changer : et ce mot résume tout. Ce qu’il nous faut, c’est du temps. Depuis le décès du rêveur, nous créons des ordres contradictoires et structurés pour occuper cette masse agitée en contrebas. »
        Il indiquait du pouce la partie du château que nous avions connue et quittée de manière assez douloureuse, précisant que cela tiendrait encore quelques jours. Il enchaina :
        « Nous sommes cependant à nos limites. Il faut trouver une autre tactique d’embardées. Mais ceci n’est pas le problème le plus grave. Il court des bruits dans les nuages à propos d’un meneur-souffle qui pourrait s’intéresser à un poste de fédérateur, un travail de chef ! Et c’est cela que nous devons empêcher… »
        Comme déjà dit, c’était gentiment demandé, mais là c’était aussi notre mort certaine. Et le fait de savoir que nous étions tous condamnés ne ressuscita guère mieux notre sens de l’humour. Un meneur-souffle ! L’horreur avait un nom.



    Recrutés contre leur gré Namas et Xand seront-ils de quelque utilité contre le vieux traîneur de sabre magicien ? Ne vont-ils pas regretter leur instant de vanité ? Finir entre quatre planches de sapin est-ce plus enviable que d’être les planches elles-mêmes ?




    HUIT POUR LA SUITE : rameutez connaissances, copains, copines, amis, amies, ennemis et ennemies (ça peut être un sale tour à leur jouer, si vous n’appréciez pas le feuilleton !)

    dimanche 10 mars 2013


    Faits divers



    Quel fut donc le destin de l’émigrant bourrin
    Qui avait oublié son passé de roumain ?

    Bah !

    Que voici un mesclun de bulletins nourris
    De ma propre farine et des autres aussi :
    Pour moi publications, tocades et écrits,
    Pour vous amusements et lasagnes pourris.

    Flairant les chevaux morts j’ai fait mon journaliste
    Je vous brode ce jour des listes élitistes
    Où clients vous verrez des bœufs en documents
    Des écrits tout nouveaux, des récits haletants
    Traçables sur papier, aussi déjà tracés
    Avec des mots dedans… mais authentifiés !
    Et pour changer un peu du monstre du Loch Ness,
    De soucoupe volante ou d’histoires de fesses,
    O mon divin lecteur, je t’ouvre mon écrin
    De réincarnations et d’avenirs équins…

    Sans garantie pourtant,
    Mes avertissements !
    Prenez donc Galilée,
    Chers lecteurs gastronomes,
    L’astronome savant
    Sur le fil échappant
    Aux commerces des hommes,
    Mais aussi au bûcher…

    Regardez la Grande Ourse,
    Puis la liste des courses ;
    Vérifiez bien avant
    Sur la blanche étiquette
    Le dogme, la recette,
    O cochons de payants !
    Quoi, le porc serait sain ?
    Hardi sur le boudin !

    Rêve du lunetier lisant dans sa comète !
    Et quand dorénavant ta nouille tu enfournes :
    Quelle est la protéine et quelles sont les bêtes
    Farcis au micro-ond’ ? Qu’on sache ce qui tourne !


    (Je ne pouvais décemment pas proposer une rime entre quéquette et étiquette alors qu’il s’agit de bourrins ! Non, mais, on a sa pudeur ! Ou entre Galilée et haquenée, ça faisait snob).

    Louise Michel




    Corrida de Muerte

    Les hauts barons blasonnés d'or,
    Les duchesses de similor,
    Les viveuses toutes hagardes,
    Les crevés aux faces blafardes,
    Vont s'égayer. Ah ! oui, vraiment,
    Jacques Bonhomme est bon enfant.

    C'est du sang vermeil qu'ils vont voir.
    Jadis, comme un rouge abattoir,
    Paris ne fut pour eux qu'un drame
    Et ce souvenir les affame ;
    Ils en ont soif. Ah ! oui, vraiment,
    Jacques Bonhomme est bon enfant.

    Peut-être qu'ils visent plus haut :
    Après le cirque, l'échafaud ;
    La morgue corsera la fête.
    Aujourd'hui seulement la bête,
    Et demain l'homme. Ah ! oui, vraiment
    Jacques Bonhomme est bon enfant.

    Les repus ont le rouge aux yeux.
    Et cela fait songer les gueux,
    Les gueux expirants de misère.
    Tant mieux ! Aux fainéants la guerre ;
    Ils ne diront plus si longtemps :
    Jacques Bonhomme est bon enfant.

    Le temps est peut-être venu de lire et méditer la biographie de cette terrible poétesse, et en prime le poème Viro Major dont voici un extrait.

    Victor Hugo


    Ayant vu le massacre  immense, le combat
    Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,
    La pitié formidable était dans tes paroles.
    Tu faisais ce que font les grandes âmes folles
    Et, lasse de lutter, de rêver, de souffrir,
    Tu disais : « j'ai tué ! », car tu voulais mourir.
    Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine
    […]

    Chers aficionados



    Que je me sente parfois plein de banderilles, et qu’elles m’anesthésient ou me rendent exsangue est une délicate évidence pour les amateurs de danse avec la grande Germaine, euh… avec la race humaine — non, mauvais pour la rime ! — bovine (meuh, je laisse les loups au bal de Kevin et à une nouvelle primée de l’an dernier parue chez le microéditeur La Truite de Quénacan). Comme quoi, mes animaux sont de tous bords, moi qui aime les oiseaux et les requins, les vrais (eux qui ne sont ni menteurs ni assassins).

    Vous, gracieux lecteurs, nanas ou mecs, échappez (du fait que vous me lisez, oui oui, je suis fayot) à notre destin de steak ! La couleur du soleil ? Émeraude, glauque, sinople, olive, dans pas longtemps, car rien ne les arrêtera ! (pas même le beau Charlton, Heston pour l’audimat).

    Holà, quoi, le voilà va-t’en guerre salvateur, de croisade promoteur, troquant sa plume pour des enclumes ? Sans chercher une épée ! En-tout-cas, l’épée ce n’est pas moi,  benêt plutôt, tripotant son bonnet, me vois à vous narrer, que j’annonce ce jourd’hui épopées fractionnées !

    Je reste dans le ton !

    Toujours dans le ton ! Oh, du thon, on n’en a plus guère non plus. Saviez-vous que neuf dixièmes des poissons de l’Atlantique nord ont disparu, et belle proportion à nourrir l’élevage ? Mangez, mangez, mes bons amis et soyez sages.


    PARA BELLUM



    Vous qui lisez certainement mon feuilleton sur ce blog, sollicitez donc la péripétie suivante, et, entre deux (épisodes, saisons, tout se mêle dans ma maison) paraissant en l’entreprise très prudente YouBoox, voilà : Bellum Para !  Une aventure, dans le ton, pas le thon, de cette livraison (de poissons gavés de farines, qui nous regardent désolés, les yeux en trou de pine…) du préapocalyptique polar esseffique.

    Illustré par le divin ChabeuH, régalez-vous de 



    Eh, oui, je change de style (polygraphe de fait, souple malgré mon grand âge) et me lance, au moins une fois, pour l’expérience, en la moderne publication numérique ruisselante (streaming, vous traduisez comment, vous ?).



    Bref, je continue d’amuser ma muse, la galerie et le peuple, puisque ma muse persiste à m’amuser, la galerie à rigoler et le peuple à donner de l’odeur à mes racines (cuites dans la sauce bovine) (de cheval) !

    Inscrivez-vous sur Youboox. Ils sont efficaces, la lecture s’y fait aisément, en plus ils sont sympas… et très tolérants avec les vieux auteurs bougons, comme moi.

    Alfred de Musset


    Chanson.
    Nous venions de voir le taureau,
    Trois garçons, trois fillettes.
    Sur la pelouse, il faisait beau,
    Et nous dansions un boléro
    Au son des castagnettes :
    « Dites-moi, voisin,
    Si j'ai bonne mine,
    Et si ma basquine
    Va bien ce matin.
    Vous me trouvez la taille fine ?...
    Ah ! ah !
    Les filles de Cadix aiment assez cela. »
    […]

    Poésies posthumes



    Le seul poète qui en avait un de rechange !
    Blague dans le coin, un parfait et élégant versificateur de cet acabit mérite qu’on s’y arrête… Mais qu’on reparte si on soupçonne la présence de l’Autre (de cheval, ha ha !)


    En passant



    Mon plus récent recueil de poésie

    UN JOUR JE M’EN IRAI

    vient de paraître.

    Ce n’est pas Caraïbes II le retour ! Quoique…

    À la lecture vous pourriez être tentés de le considérer comme l’élaboration libre d’une « suite » ; et « suite » est le mot sur lequel je joue. Si continuation n’est pas le sens, comment ne pas regarder les parallèles — elles qui nostalgiques, mènent à l’horizontale leurs fougueux méridiens — quand il s'agit du voyage ?

    Caraïbes était le compte-rendu poétique d’une vie sous les tropiques, un patchwork harmonieux de petits morceaux d’espace

    Un jour je m’en irai, se veut plutôt une série dynamique où temporalités, désirs, regrets sont appliqués aux lointains et à l’étrange(r) – une mise en mouvement, une incitation. Plus qu’une description de géographies ou de topologies, une invitation à filer vers des lieux réels, imaginaires, imaginés.

    C’est aux éditions Flammes Vives.