dimanche 7 janvier 2018

Je suis honoré...



Cérémonie de remise du prix Jean Aubert 2016
le 28 octobre 2017 à Paris
à
Gabriel Eugène KOPP
pour son ouvrage
Les heures du dragon
Éditions Flammes Vives


Remerciements (extraits)
Chers amis,

Ce m’est une joie sans pareille d’être élevé à ce prix Jean Aubert convoité par tant de poètes. Me trouver avec vous, sous ces voûtes aux pierres apparentes, dans cette maison où vécut Verlaine, et dans une rue qui porte le nom d’un de mes philosophes favoris, René Descartes, n’est pas non plus un mince bonheur pour un petit auteur de province. Puisque me voici distingué par vous tous ici présents, et admis dans vos rangs prestigieux, je sacrifierai un instant à ces penchants qui me font raconteur et penseur, à mon goût de vagabond méthodique éveillé dès ce matin par une belle balade – celle que nous ont fait faire Patrick Picornot et Aumane Placide pour nous montrer les résidences des écrivains du village Mouffetard.
[…]
J’arpentais déjà depuis deux jours les galeries et les expositions de la capitale, et surtout les demeures d’artistes transformées en musées. Dès l’hôtel particulier de Gustave Moreau, un bijou extraordinaire dans une mégalopole livrée aux miasmes et à la vie chère, dès ce palais de l’érudition et des arts, une ancienne question refit surface : l’endroit, son contenu, moi Achab et la poésie ma baleine blanche, m’y forcèrent. Rien à dire contre cette force, rien à objecter au destin : mon nom est souvent Ismaël, aussi bien !
Les peintres ont le leur, taché, odorant ; les danseurs une scène devant des fauteuils encore déserts, ou leurs miroirs, leurs barres d’appui ; bastingages, les voyageurs, la mer et le radoub ; le fer et la forge, les sculpteurs, la pierre, le bois et le ciseau, soit !
Mais quel est l’atelier du musicien : l’instrument abandonné qui l’attend, cinq lignes, quatre interlignes, des clés ? Et quel est donc l’atelier du poète : la plume, l’encre, le sang, le papier ? Où, pour nous, se trouve ce temps d’indécisions et de décisions ? Dans quelle artère, ce lieu de l’art ? Peut-on hasarder la question ainsi ? Un substantif, si fortement connoté avec l’espace et la géographie convient-il ? Peut-on parler ici d’un endroit où se secrète et se décrète qu’un travail est une œuvre d’art ? À cette précision presque inquiétante, nouveau souci : qui en jugera ?
Évitons l’écueil de la vanité. Soyons plus abstraits : définissons un endroit (ou un envers) où se trame et se fait le « tout ou presque » de la création : l’atelier évidemment ! Retour à l’énigme alors que les sentes de mes songes égaraient.
 […]
En fait, j’ose dire que vouloir produire ne signifie rien. Se mettre au travail sans compter sur un résultat final est l’essentiel : tourments ou patiences… Pourquoi l’atelier est-il crucial à mes yeux ? Ce n’est pas un caprice lié à notre rencontre et à mes promenades parisiennes, c’est une pensée dont l’origine, extraite de ma terre et de ma vie — puissantes végétations — me suit et me précède depuis longtemps.
Il est l’endroit, je crois, où le tabou est abattu !
Le propre d’un tabou est en effet d’exterminer le mystère. Alors que le travail d’art fait vivre les énigmes par les ébauches et les épures ; l’œuvre finie, vendue, exposée, récitée, lue, ressuscite ce tabou qui cache le travail effectué.
Et qui se définit par une autre question : combien la logique de l’exhibition coupe-t-elle de racines ou d’histoire ? Au risque de choquer, je réponds à côté : la gestation est tout, la naissance, juste un coup… de couteau… une délivrance qui peut demeurer floue.
[…]
L’atelier est le seul abri, partant le seul lieu de décision, le seul temps de la liberté ! Avant lui n’existe que la réalité qui nous enchaîne ; et quand on le quitte, lui, elle, cette salope, revient ! Je déteste cordialement ceux qui firent à Gustave Courbet un procès - une confusion confondante - pour réalisme ! Souvenez-vous de ce qu’on lui reprocha, même parmi ses amis. Les amis sont les plus suaves et les plus efficaces traîtres qui soient.
Mais peu importe mes aigreurs et mes rouspétances, nous cherchons l’atelier du poète.
Je me penche sur cette question depuis tant de lignes et aujourd’hui je vous l’avoue : ma réponse était erronée ! Toutes ces réflexions pour se perdre ? Voilà qui ne me gêne pas, car se perdre est une façon respectable de frayer un chemin. Ma réponse était « la page vierge », une idée fixe de feuille blanche… Et deux jours d’égarements, de musées et d’expositions sur les traces du quotidien de peintres et de sculpteurs m’ont aidé à repenser ma pensée. Aussi ai-je renoncé à cette proposition devenue obsédante…
Il était comme un interdit ou un impératif, ce feuillet vide : en fin de compte aussi angoissant et vachard que la réalité ! Or dans un atelier, tout semble prouver, du fourbi jusqu’à la méthode, en passant par le stratagème, qu’on peut  s’y abriter, s’en écarter, de cette réalité !
L’atelier du poète, où est-ce ? J’ai fait le compte, mentalement, sans tricher, de tous mes inaboutis, des recueils de strophes et de vers en instance sur mon bureau, des compilations de nouvelles en construction, des romans à divers stades de fabrique, des archives de conférences, de cours, de lettres et d’ébauches qui seraient annuaires si j’étais cabotin… alors ? Parmi ces milliers de pages infinies non finies, j’ai à choisir enfin, j’ai choisi et je conclus, heureux : eh bien les ateliers du poète sont pluriels, ce sont, s’il se peut…

ses brouillons.

Je vous remercie de votre attention



De gauche à droite Patrick Picornot et Claude Prouvost, poètes et éditeurs qui m’ont aidé à vivre cette journée. Une déférence particulière à Patrice Breno, indisponible ce jour-là, qui a accepté d’introduire mon livre.
À Jean Moraisin, mes cordialités : une parole vive partagée, c’est de plus en plus rare de nos jours ! Nous avons prouvé que la table restait un lieu convivial.
Ils connaissent mes contes et mes vers, alors pour eux, ces quelques phrases en hommage :



« Quand j’écris une histoire, je ne suis qu’un tissu de passé, je me sers du déroulement du roman ou de la nouvelle et du vocabulaire pour raconter…
Mais quand j’écris des vers je ne peux pas me servir des mots ou du temps : ce sont les mots et les chants qui se servent de moi pour une manière exclusive de parler du monde au monde… et le temps, quant à lui, superbe, m’ignore : quand j’écris de la poésie, j’ai juste un avenir... »

G.E.KOPP « Qu’est-ce que la poésie » recueil à l’atelier  

jeudi 8 juin 2017

Fictionnaire


La folie n’est-ce pas aussi la conviction que dans l’humainement possible, certaines choses sont impossibles ? Et ensuite n’agir que mollement, pour se trouver conforté et réconforté par l’illusion de l’aventure impossible ?
Nous avions le discobole, un sportif et une œuvre respectables, je propose la création du mot « fantasmobole » (de fantasmo « illusion » et de bole « jeter ») pour caractériser certains types de discours notamment lancés au moment des élections par ceux qui prétendent toujours mieux savoir que les autres ce dont la réalité est faite... et de quelque bord qu’ils soient.

 L’écriture est interprétation ! La lecture est interprétation. Ainsi toutes deux sont des actes de libération.
On comprend mieux le désert culturel actuel : ce fruit pourri par les hybridations multiples et intentionnelles de l’école républicaine depuis deux générations d’élèves. De braves consommateurs, voilà ce dont on a besoin, et prêts à sacrifier leurs libertés à ce que les dieux multimédias leur vantent. La foire aux illusions et aux vanités…
Je propose la création de deux adjectifs : « antéinformatique » (de « anté » signifiant « avant ») comme synonyme des temps heureux quand on rencontrait de vrais gens… et « céphalopoïétique » (de « céphalo » tête et « poïetique » action de fabriquer) comme image des temps actuels…

Si l’écriture se dit fécondée par le mouvement, l’énergie, la vertu ou leurs opposés, elle ne sert pas pour autant de manuel divinatoire ontologique ! Induire une extase de clercs n’amène que justification narcissique.
Vive Wittgenstein thératocapte…


Je suis de retour, chers amis


Non, je ne vous étais pas infidèle : quand j’ai quelque chose à dire, je le dis dans mes écrits et sinon, je me tais. Il y a assez de bruit alentour pour que j’offre à mes lecteurs un luxe absolu : un instant de silence.
Fût-ce le mien.

Deux livres viennent de sortir, oui, deux d’un coup ! Et je suis fier de vous annoncer que l’un d’entre eux a été distingué par l’une des plus enviées récompenses parmi les prix de poésie. 


Et d'un...


Voici mon recueil Les heures du dragon, couronné du Prix Jean Aubert 2016.

Ceux qui me savent et me goûtent se souviendront que parfois j’améliore mes copies pour ce genre de but : la reconnaissance par les pairs ! Eh oui, en poésie les collègues et amis sont sans concessions et rien n’est bradé. Normal, y a pas d’pognon à faire ! Alors, être reconnu par eux est le gage qu’on n’a pas émargé à la « foire à la ferraille » ou à la « promo du jour ».







Et de deux...


Poussez-pas : la crise du logement est terminée !




Au fond du système solaire, un artefact en forme de beignet est peuplé de gisants bercés par une musique inaudible. La lumière y courbe l’espace, rien n’y est mesurable, des portes donnent sur des lieux occupant le même lieu au mépris des règles de l’architecture et de la science. Terminée, la crise du logement ? L’engin recèle des secrets fascinants, mais en dépit de milliers d’experts dépêchés sur place, il défie la raison. Qui l’a construit et pourquoi ? L’astucieux Ged, le savant Pavel et le chercheur Noah fouillent le site, veulent aller plus loin, se risquent sur les traces des olibrius qui ont briqué ce fourbi... La quête qui suit mènera ces explorateurs peu enclins au mysticisme vers les matins de nos mythes, les bornes du savoir et au bout de l’univers. Pas moins !
Allonge sur un divan, agenouille sur un prie-Dieu, le dos voute sur les bancs des facultés lisez La Dernière Nécropole ! Vous éviterez thérapies coûteuses, oboles et scolarités, protégeant ainsi vos nerfs des aléas budgétaires. Écrit par un analyste adroit, penseur costaud, scientifique à l’ancienne, ce livre assurera émotions, esprits et cognitions. Suprême économie, il remplacera la dope dès que vous l’aurez appris par cœur : plus besoin d’engraisser dealers, politiciens ou publicitaires ! Ne résistez pas ! Acceptez le désordre ! Laissez-vous confondre par cet ouvrage très moderne qui semble sorti d’un tableau de Jérôme Bosch. Laissez-vous bercer par le vocabulaire fictif et tumultueux explosant les limites des genres : vous serez poète pour le même prix !




Préface (extraits)


« La Dernière Nécropole » : que peut-on attendre après un pareil titre ? Un roman narrant la victoire définitive sur la Mort ? Ou à l’inverse un récit de fin du monde, de fin des civilisations humaines, du moins de celles qui enterrent leurs défunts ? Et ce titre, au fait, ne l’a-t-on déjà pas vu quelque part ?
Inutile de lancer des paris. Commencez la lecture. La page 2 vous assurera du bon état de votre mémoire en même temps que des difficultés rencontrées par l’édition française : ce que vous tenez là est la version enfin complète de l’histoire, telle que prévue dès 2009. Et vous pourrez suivre jusqu’au bout l’auteur et ses créatures dans l’arpentage de l’univers dont ils sont familiers.  

Arpentage à plusieurs niveaux, comme n’ont pas manqué de le souligner les blogs et autres critiques dès la parution partielle.
« Récit de hard science » « d’une fulgurante modernité » situé au départ à bonne distance de la Terre, avec bouleversements de l’espace et du temps, références empruntées entre autres à la physique atomique et servant de base à une recherche logique, c’est d’abord un texte de science-fiction très travaillé, soucieux de rendre les choses acceptables, sinon vraisemblables – et, à l’occasion, d’un humour assez caustique.

Cependant, si on l’interroge ou le complimente sur ce caractère « scientifique », l’auteur répondra probablement (il l’a déjà fait !) « qu’aucun scientifique réel ne resterait plus de quelques secondes face à [ses] passages “science” sans hausser les épaules ou s’écrouler de rire devant le bluff que l’usage du vocabulaire permet ». Ne nous méprenons pas : sans être spécialiste, tout en avouant beaucoup d’ignorances, l’auteur s’est documenté à bonne source. Mais ce qui lui importe, ce n’est pas la « référence réelle », c’est le « faire comme si », c’est « la musique et le rythme des mots » qui emporteront le lecteur consentant dans un monde d’illusion auquel personne ne croit réellement. Ajoutons-y ici — merci à l’éditeur — les jeux avec la typographie, la mise en pages, les couleurs, qui visualisent les atmosphères, les mutations, les dérèglements à la façon du calligramme : poésie visuelle, poésie tout court. (G.E.Kopp est par ailleurs auteur de six recueils de poésie, dont deux primés au meilleur niveau).

Le refus de se prendre au sérieux n’interdit pas le sérieux. À la parution de la première partie, un blogueur avait noté la « perspective cosmique proprement vertigineuse » qu’ouvrait la fin. La suite ne décevra pas, continuant en images et en actions « l’expérience d’anthropologie-fiction », une réflexion singulière sur l’idée d’une « noosphère » et le devenir de l’humanité. Laissons maintenant le lecteur se couler dans ce texte exigeant et attachant et y trouver son miel.

Hommages et remerciements


La première partie de ce roman — La Réserve — fut publiée en 2009 par Griffe d’Encre dans la collection Novella et appelée La Dernière Nécropole. Sans le naufrage de cette belle maison, la suite devait sortir fin 2015 de la même façon.


L’ouvrage que vous tenez en main aujourd’hui regroupe en un volume ces différentes sections. J’ai décidé de conserver le titre de 2009 pour l’ensemble du livre : il rendra ainsi hommage au travail accompli et évoquera aussi bien des trames dramatiques de chacun des trois volets jusque dans leurs contrastes.

Je remercie Emmanuel Millet et les éditions RROYZZ d’avoir repris le flambeau avec vaillance et sang-froid, et mes amis Claire Decortiat et Alexandre Grisward pour leur soutien indéfectible.

Une dame qui le mérite


Et pour vous démontrer, chers amis, mon sérieux dans la louange aussi bien, voici ma dernière recension. 

Peu de poètes contemporains me surprennent. 
Qu’ils aient de la notoriété ou qu’ils ne soient pas connus…
Je n’y découvre trop souvent qu’un seul dénominateur commun : la lassitude et l’ennui. 

L’usage immodéré de recettes et de stéréotypes pour dire des moments de vie ou d’émotion n’apporte que façons banales et ampoulées. De la sorte tout finit vide et creux... On bafouille lamentablement avec un lexique miniature, qui plus est sans travailler ou retravailler la fabrique ; on recourt aux prétextes les plus fallacieux mêlant intuition et abandon pour considérer l’œuvre comme achevée, et derrière ces paravents pour indigence intellectuelle et pauvreté de sentiment, renoncer au labeur. L’alibi d’instinct devient à la mode et maudit soit qui n’est pas d’accord. Ainsi on réduit la plus noble et la plus évoluée des potentialités de l’homme à de la machinerie génétique et à une caricature idéologique : on voit d’où vient le fagot qui brulera la sorcière ! Confondre liberté et vulgarité, empoisonner le langage avec une pseudo spontanéité qui justifie la moindre chnoute n’en seront que de triviales conséquences. L’histoire de la poésie passe à la trappe ! Sa musique et son rythme aussi.
Parmi les modernes, certains pourtant me ravissent toujours : Michel Diaz — il m’étonne à chacun de ses textes —, Leila Zhour — elle me charme presque systématiquement — Michel Baury — il me bluffe couramment — et quelques autres… 

Mais la liste de ceux qui trouvent grâce à mes yeux n’est pas le but de ces mots… 
Ils se réclament éloge et ovation avant tout !
Car je veux vous parler d’Odile « Léo » Kennel. L’auteur de Transparence des tigres n’est pas seulement une novelliste éprouvée…
Je veux vous parler de cette poétesse, qui ne supporte ni brutalité ni médiocrité, qui les assimile à de la négligence, qui montre à l’envi qu’un artiste est un travailleur de l’âme et de la parole ! 
Odile « Léo » Kennel modèle le diamant brut de son inspiration à mains nues. Peu lui importe qu’il coupât : son sang fait partie du poème comme ses nuages et ses cieux... Son œuvre, à l’instar des plus grandes, est le résultat d’un exercice d’épuration dans une forge infinie : armure, épée, bijou et… calculs ! 
Je viens de lire et de relire, de jubiler et de rire, de regarder et regarder encore son dernier ouvrage ! Et je suis ébahi par tant de subtilité et de force, par tant de légèreté et de profondeur. Dépêchez-vous, chalands ! Faites comme moi ! Car les moments de rêve, de beauté et de sourire ne sont pas si fréquents ! Et là, dans ce livre-objet, vous en aurez un concentré à tous égards inusable : allez découvrir « urgence des bas-côtés » aux éditions Les Trophées. Le ravissement sera au rendez-vous !
Pas seulement que textes et collages soient éblouissants de vie et d’envergure, contrepoints les uns des autres, mais aussi parce que la rigueur créative qu’elle ne cesse de prôner et de pratiquer au nom de la cohérence poétique, du respect du lecteur, du partage des émotions et du sens, trouve à nouveau son truchement chez un éditeur sensible, clairvoyant et ingénieux.
Lisez « urgence des bas-côtés » : vous verrez que « surprise » peut rimer avec « élégance ».


mardi 20 décembre 2016

MÉCOMPTES DE NOËL


MECOMPTES DE NOEL (Éditions de L’Ours Blanc)

Est enfin paru et clairement au bon moment ! 

Vous voulez faire un cadeau de Noel ? Foncez dans votre épicerie littéraire favorite, de celles qui sont tenues par de vrais gens, des pros, et demandez « Mécomptes de Noel ». Ou adressez-vous directement à l’éditeur : L’Ours Blanc (non ce n’est pas une blague !) est sur les dents !

Recueil à mettre entre toutes les mains ? J’en doute un peu, mais vous voilà prévenus !

« Pourquoi est-il si difficile, en France, d’éditer des nouvelles ? […] un recueil, même thématique, même dûment composé, semble frappé de malédiction. Et cela, dans le pays de Maupassant. Qu’en penseraient Bradbury, Calvino ou Borges ? […] un éditeur courageux tente ici l’expérience, à laquelle on ne peut que souhaiter le succès.
Le recueil proposé a beaucoup évolué depuis sa conception. Au départ, ces variations sur le thème du Père Noël, par moments nostalgiques de l’enfance, se présentaient aussi ou d’abord comme un acte de résistance par la dérision, contre l’envahissement de la société de consommation, les niaiseries qu’elle impose, la marchandisation et la mondialisation d’une fête qui y perd son sens. Pour des raisons diverses, le recueil a été raccourci, et les textes les plus virulents, peut-être un peu superficiels, ont disparu au profit des variations plus complexes, plus profondes, plus tristes parfois ou plus tendres. » 


(Extrait de la préface écrite par Claire Decortiat)


« Dans le verglas du firmament d’un univers affligé de météorites toxiques où la banalité technologique domine le cerveau de l’humanité, les traumatisés du farfadet rouge, après avoir interdit de visite le Père Fouettard avec ses gants blancs, sa crosse de curé et sa cape de vampire, prétendent à présent que l’on “perd-Noel” avec ce vieux lutin ventripotent et son manteau rouge qui n’est qu’une ordure cocaïfiée jusqu’à la dernière goutte de gaz.
Le vieux bonhomme joufflu va-t-il être rayé à son tour du calendrier des fiestas de fin d’année au nom de la “laïcardité” désenchanteresse ?
C’était sans compter sur l’écriture magique de Kopp. Seul survivant de son espèce, papy-céleste résiste à la banalité du monde grâce à la plume de son créateur. Le vieux Golem à la barbe blanche emmitouflé dans son paletot rouge continue sa livraison galactique saupoudrée de nids de poules et de champs gravitationnels, avec sa grande hotte sur son vieux dos de migrant cosmique, bourrée de joujoux recyclés pour les petits terriens, n’en déplaise aux destructeurs du folklore lié au solstice hivernal. »


(Extrait de l’Introduction écrite par Pierre Meige)




Amusez-vous bien et Joyeux Noel à tous !

Florilège Sculpture et Poésie



La collaboration annoncée au Florilège Sculpture et Poésie (2010-2015) de l’exposition Souffle d’Art a trouvé son public. Le livre marche très fort, le comité d’édition est content et son président extatique. Quant à votre serviteur, 22 de ses textes y figurant, qu’ajouter de plus, à part adressez-vous à l’ACSAS pour en avoir un exemplaire ?


Plusieurs nouvelles et poésies publiées en périodiques et anthologies : Chemins de Traverse, Flammes Vives, Rose des Temps… et la prestigieuse revue belge TRAVERSÉES qui m’accueille dorénavant dans ses colonnes.

… Et des vers parus jusque dans des gazettes d’entreprises : comme quoi il appartient aussi au poète de chercher activement ses auditeurs et lecteurs !












J'allais oublier...

Une consécration !
Les superlatifs me manquent ! Je viens d’être couronné par l’immense Prix Jean Aubert pour un recueil de poésie qui paraîtra par conséquent au prochain trimestre…

C’est une revanche contre le destin autant qu’un triomphe personnel : Jean Aubert, un écrivain comme il y en eut peu, voulait préfacer mon Lorraines que vous connaissez depuis le temps. Mais, la camarde qui commande sur tout, l’enleva de parmi nous avant qu’il termine son papier. Depuis, poète en peine, Diogène au petit pied, je le cherche, lanterne à la main, de nuits en nuits, de deuils en chagrins, de rimes en hémistiches… Et obtenir cette récompense est pour moi une façon de le retrouver.
                                              
« L’heure du dragon »

lui aurait plu, j’ose le penser…
Aussi est-ce à lui que je le dédierai.

Je n’allais pas oublier, évidemment !

mardi 13 septembre 2016

Une 3e place au Prix de la Nouvelle Daniel-Walther


© Dernières Nouvelles d'Alsace, 03/09/2016

Pour la 6e fois, le Summerlied, festival de la chanson d'Alsace et d'ailleurs, qui vient de fêter ses vingt années d'existence, a primé des auteurs s'exprimant en français, en allemand ou en divers dialectes (alsacien, lorrain, badois)... Qu'il s'agisse d'artistes confirmés ou de nouveaux talents.

 Le « Grand Prix André-Weckmann 2016 » a été attribué à l'écrivain strasbourgeois Jean-Paul Klée, célèbre bien au-delà de notre petite Alsace et même hors de l'Hexagone. D'autre part, le « Prix Jean-Dentinger » a été décerné à l'auteure-compositrice-interprète dialectale originaire de Mertzwiller : Isabelle Grussenmeyer, chanteuse, qui fit ses premiers pas sur scène lors du tout premier Summerlied en 1997, alors qu'elle était encore lycéenne.

Pour le concours de « Poésie Patrick-Peter », ont été primés : Christian Mary (1er Prix) de Sélestat et Martine Colledani (2e Prix) de Hilsenheim ou encore le chanteur-poète de Soultz-sous-Forêts, Serge Rieger (ex aequo).

Au concours « Conrad-Winter » : Peter Winter (1er) écrivain allemand, Roland Lombard (2e) français ayant aussi écrit en allemand, et le badois Markus Manfred Jung (3e) ou le Strasbourgeois Charles Attali (mention spéciale du Jury)...

En ce qui concerne le « Prix de la Nouvelle Daniel-Walther » : le 1er Prix a été remporté par l'écrivaine strasbourgeoise Danièle Frauensohn. À noter l'excellent palmarès de deux auteurs haguenoviens : Michèle Lienhard (2e) et Gabriel Eugène Kopp (3e).


Tous les textes primés sont disponibles sur le site du festival www.summerlierd.org/concours-litteraires-2


lundi 18 juillet 2016

Chers et fidèles complices...



Depuis trop de temps rien de neuf par ici… Non, je ne suis pas mort : car j’écris encor. Et pour prouver que ce pli ne provient d’aucune géhenne où mon âme errerait punie, ni d’aucun paradis où je jouirais des plaisirs célestes, enfin pistonné selon mes justes capacités, voici la liste de ce qui s’est passé pour moi depuis le démarrage de la souscription de Mécomptes de Noël… Souscription qui, pour les inquiets, se porte très bien, et dont les premières maquettes à corriger me sont parvenues il y a quelques semaines. La publication est prévue pour la rentrée de septembre 2016.


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Flammes Vives, toujours à la pointe de la surprise et de la créativité a inclus une de mes nouvelles « Nous irons au bout du mond' » dans son anthologie « Ces plumes qu’on assassine » en hommage aux artistes immolés sur l’autel de la folie du monde actuel. Très bel ouvrage ! J’en recommande la lecture à tous ceux que cette folie ne laisse pas indifférents.




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À l’occasion de la sortie de mon dernier livre « De ces mondes imprécis » chez Flammes Vives, le subtil écrivain et journaliste Éric Genetet a publié dans les colonnes du périodique MaxiFlash (n° 19) une demi-page en forme de portrait. En voici des morceaux choisis :

« […]Gabriel Eugène Kopp est l’auteur de 3 romans : “Au nord-nord-ouest d’Éden” très remarqué en 2008, “La dernière nécropole” et les “Chroniques de la grande séparation”. Dans son œuvre abondante, on trouve des nouvelles, mais aussi des recueils de poésies, dont “Caraïbes” qui traduisait les émotions nées de ses voyages en Guadeloupe. Prix Jean Cocteau de la Société des Poètes Français en 2010 […] Il a travaillé comme psychologue à l’établissement public de santé d’Alsace du Nord.

Éric Genetet : Vous êtes Lorrain, mais vous vivez en Alsace. Vous sentez-vous Alsacien à présent ?

Gabriel Eugène Kopp : Je suis un citoyen de l’Est, Alsacien-Lorrain. Mais je me sens aussi Caraïbe, parce que j’ai eu l’opportunité d’y séjourner plus longtemps que pour des vacances, assez de temps pour écrire un livre […] Quand mon épouse a pris son emploi sur Haguenau, on s’est installés. L’Alsace du Nord est devenue mon territoire d’adoption, je m’y sens bien, enraciné.

EG : Vous êtes plus reconnu pour vos poésies que pour vos romans et vos nouvelles, je me trompe ?

GEK : Cela dépend du milieu. La timidité française pour les nouvelles rend la chose très difficile. J’ai publié six nouvelles, quatre ont été primées. […] C’est vrai que pour moi la poésie marche mieux. Je suis édité partout, sauf en Alsace-Lorraine, mais le Festival Summerlied d’Ohlungen m’a remis un prix pour l’une de mes nouvelles.

EG : La musique est essentielle dans votre vie ?

GEK : On ne peut pas vivre sans musique. C’est très fort. Quand j’écris de la poésie, je la passe au “gueuloir”, comme Flaubert qui hurlait ses textes dans une pièce dédiée à cela. J’entends le rythme et la musicalité des vers, alors la musique est déjà là. 

EG : Comment vous sentez-vous dans notre époque ?

GEK : Je ne suis pas nostalgique, mais j’ai quand même l’impression qu’il y a quelque chose qui va de traviole. Je suis né après la guerre dans ce que l’on a appelé d’une manière cynique “les Trente Glorieuses”, comme s’il fallait que l’humanité connaisse des guerres pour avoir enfin le plein-emploi […], comme si les générations qui suivent avaient le droit de nous faire le reproche d’avoir bien vécu et bien travaillé […]

EG : Vous avez 65 ans, que vous a appris la vie ? 

GEK : La confiance dans les individus. J’ai passé 41 ans dans les hôpitaux à soigner des gens qui étaient en sévère difficulté […] Tu ne peux pas exercer ce métier si tu n’as pas cette confiance-là. 

EG : En Alsace, êtes-vous reconnu comme vous aimeriez l’être ?

GEK : J’adore l’Alsace. Je vois cela comme un couple, et comme dans un couple, qui ne rêve pas d’être encore mieux reconnu par l’autre ? »

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L’Association pour la mémoire de l’hôpital de Hoerdt a publié un ouvrage historique superbement rédigé et documenté par Pierre Perny où on trouvera un témoignage de votre serviteur.



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La ville de Denain, persiste et signe : après m’avoir attribué le prix de la poésie d’humour l’an passé, voilà qu’elle m’honore du prix de poésie classique en 2016. Avec un remerciement particulier à la responsable de la médiathèque et à Emmanuel Cherrier adjoint au maire chargé de la culture qui ont tout mis en œuvre pour pallier des difficultés liées à l’acheminement postal et avec une amabilité sans faille ! 

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Même constance pour le festival Summerlied qui me délivra lors de sa précédente édition en 2014 le prix Daniel Walther ex aequo et qui ce coup-ci, en 2016, me distingue du même prix sans partage pour La Pierre Magique.

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À part les publications régulières de poèmes dans Chemins de Traverses, la revue de l’Ours Blanc, dans Rose des temps, la revue de Parole et poésie, dans l’Anthologie de Flammes Vives, la magnifique et prestigieuse revue belge Traversées patronnée par le cordial et rigoureux Patrice Breno m’ouvre ses pages pour plusieurs poèmes et une nouvelle titrée « Description ». 
Une autre histoire courte « D’une pierre deux coups » figurera dans le n° 48 de la revue de l’Ours Blanc ! 

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Et, last but not least, je travaille actuellement avec le peintre et sculpteur Jean-Paul Ernewein pour un ouvrage collectif réunissant plasticiens et poètes depuis 2010 lors d’une installation estivale en pleine nature. Cette belle manifestation dont j’ai parfois rendu compte en ces pages est suivie d’une exposition automnale plus vaste où sont associés les peintres. On trouvera dans ce florilège une vingtaine de mes textes illustrant des sculptures exposées depuis six ans.

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La maison Griffe d’Encre qui a publié trois de mes novellas et qui devait vous proposer en mai le second tome de La Dernière Nécropole, a mis la clé sous la porte. Triste nouvelle : les équipes avec lesquelles on peut progresser dans une bonne ambiance sont rares.
Quoi qu’il en soit, je peux dès à présent disposer librement des droits pour ces ouvrages et les quelques volumes qui restent me sont revenus. Un éditeur intéressé peut me contacter et vous amis lecteurs, si vous voulez compléter votre collection, envoyez-moi un mail.

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Et en attendant, toujours aux mêmes conditions…




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Et, promis, je profiterai de cette rentrée pour vous régaler derechef de délires littéraires et de méditations incongrues dans mes grandes catégories habituelles ! Nous retrouverons alors le « fictionnaire », les conclusions pour cœurs volages, amis, béguins et envies…


dimanche 25 octobre 2015

Kopp compose en deux temps

© Dernières Nouvelles d'Alsace, 11/09/2015
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Du tango argentin, des fantômes du blues : dans De ces mondes imprécis, l’auteur haguenovien Gabriel Eugène Kopp fait s’enlacer avec talent musique et poésie.


La musique, bien sûr, a toujours été là. Celui qui sait écouter entre les lignes l'aura perçue dans les vers chaloupés de Caraïbes (2009) ou ceux, syncopés, d'Un jour je m'en irai (2013). On a même senti l'aura d'un Bashung planer sur Mots de passe (2010, prix Jean-Cocteau). Et tout naturellement, Gabriel Eugène Kopp avait déjà choisi de mettre en musique certains de ses poèmes de Lorraines (2011).

Cette fois, dans De ces mondes imprécis, un recueil de « poèmes musicaux », l'auteur haguenovien se lance dans un véritable corps à corps sans demi-mesure. Il connaît la musique, car quand il se passionne, Kopp ne tergiverse pas, il veut tout -- pas forcément tout de suite, la musique n'ayant pas trouvé sa place dans l'HLM de son enfance, plantée sur un carreau minier. Ce n'est qu'adulte que le psychologue clinicien a appris avec ferveur le piano et le saxo alto.

Comme souvent, Kopp -- qui confesse une « légère graphomanie » -- est intarissable. Le recueil comptait au départ quatre partie s, il a fallu raccourcir. Alors exit (pour le moment) les comédies musicales et les silences : De ces mondes imprécis se joue finalement en deux temps. « Enragé » de Luis Borges, fasciné par Astor Piazzolla, Gabriel Eugène Kopp, 65 ans, a réservé sa face A au tango argentin -- ces Rêves penchés rougeoient de sensualité, on tourbillonne, on s'enlace sur fond de bandonéon. Loin de Buenos Aires, la face B nous embarque entre Baltimore et la Nouvelle-Orléans, convoque les fantômes du blues, de la soul, du jazz : les Rêves balancés sont des mots bleus, portés par des lignes de saxo ou d'harmonica.

Un vocabulaire au millimètre, une versification précise, le poète adopte parfaitement la métrique musicale, ses codes, sa rigueur. Mais le véritable tour de force réside dans l'art de s'émanciper d'un cadre maîtrisé, de jazzer... Kopp ne craint pas que la sueur ou le sang tachent ses mots, bien au contraire, chaque goutte enrichit un texte à la créativité formelle souvent réjouissante. Ça tinte, ça sonne, ça balance et pour finir, ça touche au coeur. « L'enfant chantonne/En poussant son ballon/À travers le miroir/Et le jazz épiphane/Gramophone/Graine aphone/Crâne/Crâne/Crâne  »


Céline Rousseau

samedi 12 septembre 2015

© Dernières Nouvelles d'Alsace, 11/09/2015


Lui si prolifique nous aurait presque inquiétés quand, en 2014, nous n'avons rien vu paraître dans les rayonnages... Certes Gabriel Eugène Kopp, 65 ans, sévissait en ligne (sur son blog) et l'année précédente, il avait signé un recueil de poésie Un jour, je m'en irai - suites exotiques et un roman (Chroniques de la grande séparation)... Mais quand même, à raison d'un ou deux ouvrages par an parus depuis 2008, le Haguenovien a fini par nous rendre accros à sa brillante graphomanie.

Tout juste retraité, le psychologue en milieu hospitalier est réapparu au mois de juillet avec sous le bras De ces mondes imprécis, un recueil de poèmes en deux temps qui chante sa passion profonde pour la musique.


Du tango au blues


Comme sur une partition, on retrouve dans chaque vers la précision de la métrique, mais Kopp n'y perd pas pour autant sa liberté d'improvisation. Dans ses Rêves penchés (la première partie du recueil) , c'est le tango qui mène la danse -- « Astor Piazzolla me fait rêver » ; puis dans Rêves Balancés, blues, soul, jazz et rag sont convoqués. De Buenos Aires à la Nouvelle Orléans, Gabriel Eugène Kopp fait swinguer sa plume avec brio. Sur la piste de danse, on en redemande : il paraît qu'un second tome est dans les tiroirs...



Céline Rousseau



SAMEDI 12 SEPTEMBRE, Gabriel E. Kopp dédicacera De ces mondes imprécis de 15 h à 17 h à la librairie Vincenti, 41 Grand'rue à Haguenau.




samedi 5 septembre 2015

Voici mon petit dernier !


Pour les inconditionnels du tango et du blues... il propose une généalogie, une intuition, un rêve fraternel...






lundi 25 mai 2015

Lancement de la souscription pour "Mécomptes de Noël" (Nouvelles)

Remarqué en Bretagne (deux nouvelles primées en recueils,) puis en Alsace (prix Daniel Walther au festival Summerlied 2014) dans le genre du fantastique à la française, j’ai eu le bonheur récent d’être choisi par les éditions de L’Ours Blanc. 

Son patient patron, Bernard Giusti, et Julien Colson le directeur de la collection Étrange et Fantastique, m’aideront à revisiter les histoires concernant le bon vieillard chargé de cadeaux… 

Mécomptes de Noël est disponible en souscription au prix de 10 €



double-cliquez sur le formulaire de souscription ci-dessous pour l'ouvrir


mardi 19 août 2014


Conclusions pour coeurs volages


« Ne nous laissons pas emporter par les fureurs du politique et de son bras armé : l’administration ! »
     C’est vite dit, les politiciens ont décidé de ne pas nous laisser en paix, ni en baissant les taxes, ni en levant les bras : ils continuent impunément de nous faire les poches au profit des leurs jouissances.
     Robespierre ! Sale traître !
     Et quand il ne serait question que d’argent : ce qui permettrait aux plus humbles de vivre et de mourir décemment, rien ! C’est aussi aux marchands…
     Ô siècles sans vertus dont la charité et la compassion sont exclues ! Ô siècles de vendeurs et d’industries ! Ils disent qu’une vie à leurs ordres, c’est-à-dire misérable, vaut mieux que pas de vie du tout.
     Amis de la base, suicidez-vous par milliards, on verra de facto sur qui repose toute puissance ! 

Au Lion d'Androclès


La ville ressemblait à l’univers. C’était
Cette heure où l’on dirait que toute âme se tait,
Que tout astre s’éclipse et que le monde change.
Rome avait étendu sa pourpre sur la fange.
Où l’aigle avait plané, rampait le scorpion.
Trimalcion foulait les os de Scipion.
Rome buvait, gaie, ivre et la face rougie ;
Et l’odeur du tombeau sortait de cette orgie.
L’amour et le bonheur, tout était effrayant.
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Bagne effrayant des morts, pilori des néants,
Saignant, fumant, infect, ce charnier de géants
Semblait fait pour pourrir le squelette du monde.
Des torturés râlaient sur cette rampe immonde,
Juifs sans langue, poltrons sans poings, larrons sans yeux ;
Ainsi que dans le cirque atroce et furieux
L’agonie était là, hurlant sur chaque marche.
Le noir gouffre cloaque au fond ouvrait son arche
Où croulait Rome entière ; et, dans l’immense égout,
Quand le ciel juste avait foudroyé coup sur coup,
Parfois deux empereurs, chiffres du fatal nombre,
Se rencontraient, vivants encore, et, dans cette ombre,
Où les chiens sur leurs os venaient mâcher leur chair,
Le césar d’aujourd’hui heurtait celui d’hier.
Le crime sombre était l’amant du vice infâme.




                                                             Hugo, La Légende des Siècles