
samedi 30 mai 2009
Méditation n° II - 7
Le temps du poème, c'est le temps de l'agonie.
Méditations Incongrues, extraits du volume II : L'extase des clercs
Méditation n° I - 23
Synopsis
Synopsis
Lettre ouverte pour des éditeurs et des lecteurs encore poètes
Saisi par une idée, ravi par les chimères,
J’écris tout plein d’allant mes petites chansons.
Feuille à feuille j’emplis mes cahiers de brouillon,
D’ébauches et d’essais, de traits à ma manière ;
Quand, l’âme satisfaite et l’esprit insolent,
La fin m’est entendue, la rimaille complète,
J’arrache par pudeur la limaille imparfaite
Et lui fais miroiter un destin moins galant.
Rougeoyante équipée, suprême sacrifice
Pour leur dernier instant, des pages vont au feu
Compagne des nuées vers un ciel vaporeux,
Complices des oiseaux promenant mon caprice.
Délavés, portulans obscurs et défraîchis,
D’autres vers déchirés par mes mains impatientes,
Mouillés par les odeurs, constellés par les fientes,
Au trajet des déchets finiront confettis.
A moins qu’un doux refrain coulis sous bonne étoile,
N’en protège un parti, modeste cerf-volant,
Et l’emporte au hasard, propulsé par le vent,
Chercher un autre port, navire à toutes voiles.
Sur les branches des airs, sur un arbre aérien
Le flocon griffonné qui finissait mistoufle,
Au lecteur indiscret ne dira dans un souffle
Que quelques mots sans fin dérobés à ma main.
Si, passionné lecteur emporté vers le rêve,
Les esprits griffonnés te prennent volontiers,
Tu lis et tu relis cette missive brève ;
S’ils confient à ton cœur ce qui s’y recueillait,
De l’ode parcourant le layon déchiré
Les taches, les défauts, les clairières partielles,
Persévérant ami, que les mots ensorcellent,
De l’écrivain perdu te seras rapproché.
Si ma mémoire est bonne, ou les mémoires des autres, Paul Valéry disait qu’il publiait pour arrêter de corriger. Le message est plein d’humour et de sagesse, mais loin d’être clair si on le lit à la lettre. A peu près comme ce premier mot, « Synopsis » entre « Sy » et « si », où me voici saisi par le verbe, dès avant de le dire, avant même les dits et l’édit.
Foin d’enjouement et de joliveté. Soyons si (encore) possible (bis) circonspect et circonstancié (oui, si si… et j’en oublie) : je lis, j’écris depuis longtemps mais je n’ai pas encore réussi à déterminer laquelle de ces deux aventures nourrissait réellement l’autre, d’un pain plus savoureux que celui de l’apparence. J’ai eu des soupçons toutefois, et sur la foi de ces soupçons - voilà un évènement, des soupçons qui ratissent large et trouvent une foi - je crois nécessaire d’y croire :
« Tu dois le dire trois fois » susurrait le démon dans Faust.
Ecrire, par le passé, proposer à la publication au présent (soyez magnanime devant ce coup philosophique) sera une manière que mes plus vieux fantômes débarrassent enfin le plancher : à force d’accumuler les tréteaux, on empile les plafonds, on se prend solives et chambranles plein la tête à la moindre marche ; au plus petit pas apparaît un coincement, au plus infime mouvement un pinçon térébrant : un chef plein de poutrelles et possiblement des tas de bosses douloureuses.
Peu de place en tout cas, pour de nouvelles apparitions : c’est utopique d’œuvrer sans un ménage dans un tel manège.
Bref ! Monsieur mon balai, il faut que cela sorte.
Que cela aille chez des autres, fasse une livre, ou un livre, une chose d’un demi-kilogramme ou d’un demi-kilomètre, auquel essoufflé par le poids ou la distance je ne puisse plus imputer mes apnées ; que ses erreurs ne me coupent plus le souffle, sauf, ultérieurement, acta est fabula, par graffiti studieux !
Pouvoir dire de quelque chose : « C’est fini », quel repos effarant et délicieux.
Allons, âne et bât à la fois, reviens à tes fariboles, tu es convaincu que la rigueur est poudre aux yeux, mais qu’écrire de la poésie demande pourtant d’être très rigoureux. Perlimpinpin ! On n’est jamais certain. Passez muscade : sait-on ce que l’on dit et ce que l’on laisse en rade ? Radotons :
Madame ou monsieur l’éditeur (trice) de littérature (dur)
Madame ou monsieur l’éditeur (trice) de poésie (si)
Messieurs-dames les combattants et défenseurs des causes perdues (du)
Lecteur… trice
Qui goûtez la vie (vice)
Salut
Ce que ces années d’écriture m’ont apporté ? La fin de la pudeur ? Je bricole des vers méprisables : ils émeuvent aux larmes les fêtes de village, les anniversaires, les enterrements et les rencontres de patronage. Dans les sous-sols où se bouleversent des gens de toutes races, ils bouleversent les gens auxquels je les dédicace. Ils rient, confus, généreux, reconnaissants, et m’invitent, pour marquer le coup, à un verre ou une tablée, un sandwich ou une fricassée, me racontent alors leurs joies, leurs peines, leurs vies. Je donne le poème et je reçois à manger. On me nourrit ! Qui a dit que cela ne munissait pas son homme ? Qui a prétendu que personne ne donne ? Ce n’était pas un pauvre, en tout cas. Aussi je cherche qu’existe une poésie vivante et donnant de la vie.
Que ceux qui s’en réclament clament un instant autre chose qu’un déni : maigres agonisants ou menteurs hystériques, hiératiques exorbités au-dessus de la racaille, sanglotant parce que la popoésie est inénédite et ne fait plus recette de popotte. Z’ont qu’à faire gras, de qualité, et populaire ! Na !
Le règne de la facilité et du mépris est un complot pour faire mourir la littérature. Montaigne est enterré. Rabelais est bien mort. Seuls quelques cadavres exquis cliquettent encore.
Le silence se fait enfin.
Le chant alors s’élance :
« Chemine,
Divague,
Attarde-moi.
Titube, recule, jaillis,
Regarde-toi.
Hésite, vois ta déroute,
Profite du suspense,
Essuie le sang
Et la sueur de la route
Avec ton chiffon d’horizon.
Interroge et simule,
Déraille, détaille,
Voltige,
Tombe sur le cul
Et va, retrouve ton sillon.
Vole au dessus de ton gramophone,
Il faut que ta voix,
Laser aphone,
Porte ! »
Et il franchit la porte,
Echappe.
Dix mille vers.
Et s’il franchit la porte
Elle, échappée,
S’y perd
Si j’ai bien retenu le cri des muses, le message en filigrane, j’aurais définitivement triomphé d’Apollon en continuant de ciseler des vers maladroits qui tentent de parler aux cœurs assemblés autour d’une table où l’on boit réellement, où l’on mange en mastiquant avec de vraies, ou de fausses, dents, et postillonnant, où des voix incarnées murmurent à l’unisson dès la seconde lecture, et chantent à la suivante, car la mémoire, la mémoire n’est-ce pas ? Mnémosyne ? Entre poésie et musique paroles à coup d’émotions se montre une échappée, une métaphore qui abouche la transcendance à la répétition.
Muse ! Ecoute ! Je proposerai des vers de remerciement à l’hôte qui ensoleille ses menus d’un air de ciel bleu et d’un sourire de bienvenue, là-haut près des vignes pas encore vendangées en un mois d’octobre aux beaux restes dorés, et je lui écrirai un mot pour sa bière simple, fraîche, fine, amère et pétillante, en attendant son vin. Un alexandrin pour sa saucisse paysanne et sa moutarde, et s’il le faut je le ferai allemand, pour un verre, avec de la rime, de la pauvre ou de la riche, de la césure à l’hémistiche, de celle qui se travaille et se bricole, cent fois sur le métier on s’y colle, et pour paraphraser Genet, je chercherai à être entendu de Ronsard et qu’il me lise et me jette. Quelle fête !
J’en suis déjà à la métaphysique ? Lecteur, au terme de cette lettre vous aurez, saisi par les ondes douloureuses de la migraine, besoin d’une prescription, de comprimés ! Vous cacherez le pli, maniaque momentané de l’ordre vertical, publication peu, poubellication oui. Cette lettre passera pour lettre de cachet, ordonnance, remède pire que le mal, missive mi-dite, mise en lumière et à l’ombre. Potion à avaler d’un trait sans grimace, juste après le repas : hors d’ici pesantes fumerolles ! Digestions difficiles, je vous vomis sur page blanche, je passe d’une rumination malaisée à une gestion du dire écrit.
Des poésies s’accumulent ? Je suis fichu ! Savez-vous que je pleure en faisant la liste des courses, transfiguré en litanie, confit en dévotions. Confiture d’homme. La poésie ? Qu’elle m’emporte un instant !
Gérontes
A tombeau ouvert
Sur mer et sur terre
Barbus
Vingt vieux barbichus
Se tapent le cul
Par terre
Mauvais caractères
Méchantes misères
Chenus
Vains dieux pauvres hères
Se grattent leur derrière
Crépu
Foncent sans vergogne
Tirent pleines pognes
Des poux
Des poches à trous
Et pas un seul sou
Carognes
Puis ce tas d’ivrognes
Qui pue et qui grogne
Echoue
Au fond d’une soue
Eclaboussant tout
Ils hognent !
Listes de courses ? Qui peut prétendre à la réalité lorsqu’il écrit ? Qui érige la crédibilité en critère ? J’ai le sentiment, affaire de vibration, que la trace matérielle de l’encre sur le vélin est bien moins proche de l’objet que le vent et l’onde, portants de la parole. Alors, de genres ou de gares ? Gare, on se goure avec ces giries qui paraissent garer la littérature dans des grilles !
Demanderiez-vous des extraits ? En voici !
Et je vous souhaite, pour la peine prise à maintenir les flambeaux du verbe, que la musique des mots vous soit polychrome, c’est-à-dire ait ce don fellinien enfin, de synopsie.
Cinéma !
« Marche dans les villes,
Décris-les de l’une à l’autre, vagabond aventurier ! »
Je fais des kilomètres de solitude à ma façon Charlot.
Je marche, marche toujours, prince sans divertimento...
Il pleut ! Verlaine se détisse de ma paroisse malaisée,
En quelque endroit de mon cerveau
Pose sa plume à nouveau,
Me regarde et me distille :
« Tu parlerais d’amour, ou de cul, à une fille mouillée,
Qui pleure et danse son sourire sous les cordes tombées ? »
Je viserai, oui, ses courbes affines, et à la sortie de l’usine
D’un rire lui chanterai : « Je cherche après Titine ! »
Jusqu’à l’estaminet.
Très cordialement,
G. E.K
jeudi 9 avril 2009
Méditations 54, 21 et 81
54 - La visitation ? Peut être cela veut-il simplement dire qu’une femme mieux qu’un homme peut être pénétrée de la force et le message de Dieu…Voilà qui sent le fagot.
21 - Seule une femme peut trouver de l'harmonie dans les gris. Les plus subtiles mélancolies et les meilleures gloires sont féminines. Les hommes, quand ils sont dans ces registres, ne peuvent que plastronner ou s'effondrer.
81 - Les femmes nues ne sont jamais aussi belles que lorsqu’elles sont habillées.
Méditations Incongrues, extraits du volume II : L'extase des clercs et volume III : N'ayons pas peur des mots
Appels
[…]
Ma pensée ressemble à ces chansons merveilleuses qui continuaient quand le pick-up était éteint. Si on avait la maladresse de pousser le bouton, de couper le courant en laissant l’aiguille du phono sur le disque, en tendant l’oreille et en se rapprochant des sillons, on pouvait entendre encore, le temps de l’élan, le temps de l’inertie, le temps de la course finissante de cette aiguille, entendre encore quelques vers discrets, confidences d’un monde sans électricité. Des fantômes nous parlaient en chantant.
Je la fuis depuis des années, l’impulsion de partir, de quitter mon microsillon de vie bien réglée et anxiolytique. Mais elle est en moi comme cette pointe de saphir, banderille lancée sur le tracé de mon existence en spirale, à dire des mots à la file n’ayant rien à voir avec sa matière. Un mot, quelques phrases, intelligibles parfois, aphasiques à d’autres moments, une littérature inutilement grandiloquente, des choses peu convaincantes du genre : « Voilà un chemin que tu ignores… »
J’ai régulièrement été affolée. J’ai pensé bien sûr à des hallucinations, à un délire. J’ai tout essayé, des petites pilules de bonheur aux chocolats, en passant par le sport à outrance, ou les crèmes glacées. M’étourdir avec de nombreux amants, porter des enfants, une vie professionnelle haletante, n’y ont rien fait non plus. Des maux de tête à affoler les neurologues ont laissé les scanners muets et la résonance magnétique apathique. Les gynécologues, ont évidemment parlé de syndrome prémenstruel. Un signe si régulier et constant bouleversait même les statistiques les plus sanguinolentes.
Je voulais juste vivre une vie tranquille, bourgeoise comme on dit. Toutes ces histoires de gens prenant la route, abandonnant tout ou qui prenaient conscience de l’inanité de leur existence, m’intriguaient plus qu’autre chose : on pouvait être attiré ou fasciné par un rogaton dégoûtant, par des animaux chimériques, des bestioles extraordinaires ou des gens du cirque. Un instant, rien de plus. Tel un regret, une dent qui grince, un sinus poignant et un oubli, un utérus douloureux, un instant de spasme. On rêve et puis on découvre qu’on n’est pas faite pour ce genre de réalité. On se fait une raison. Et « on » c’est moi : l’épouse, la mère, perdue dans des responsabilités des plus importantes ; plus prenantes et imposantes que tout le reste.
L’inanité de l’existence ne me tourmentait pas. Au contraire, la futilité de la vie tissait le noyau de mon refus. J’étais plutôt persuadée de l’importance de ma présence au monde. Ce qui m’affolait ? Cette conviction m’affolait ! Et les messages réguliers que je recevais… Tout concourait alors à renforcer une idée : j’étais folle, d’une folie atypique qu’aucun médecin ne pouvait identifier, une maladie orpheline dont les parents sous « x » avaient disparu ; ou bien j’avais une tumeur, mais pas repérable, par aucun appareil aussi obscènement investigateur fût-il, et dotée d’une excroissance exotique que le plus finaud des neurochirurgiens n’aurait pu aller chercher avec les aiguilles nanométriques ou les lasers bleus les plus sophistiqués.
Ou bien c’était vrai.
Voilà la cause de ma maladie ! Cette dernière option a failli m’étaler raide dingue. Parce que je n’en voulais pas. C’était de la mauvaise science-fiction. Ces trucs n’existent que dans
[…]
Extrait de la nouvelle « J’étais si triste devant ma crème glacée » du recueil inédit Arpenteurs
Le dernier mot
- Mes sœurs Jacques
Mes sœurs Lianes
Je vous dors. Dormez-moi
Je vous rêve ; rêvez-moi
Je vous danse, dansez-moi…
Je vous chante, dites-moi ?
Je vous vante, hantez-moi.
Soyez soyeuses fantômes aventureuses
Soyez joyeuses qui soignent leurs parcours dans mon château
Et dans mes tours
Comme un fleuve en crue
Femmes
Je vous charrie, toutes nues
Comme ponts et passerelles
Je me promène
Avec vous,
Mes reines toutes belles
Au-dessus
Dames,
Blanches fleurs qui fanent
Quand leurs héros malandrins
Roi d’avenirs incertains
Flânent
Et s’égarent en chemin.
Les clochettes à mon bonnet tintinnabulent
Qui danse sur les fils de ton royaume.
Si, dédale de couloirs,
En mon passé forteresse, tu erres
Mur, je m’éternise et je me perds
Lézard entre tes fentes
Je tisse, trappeur, ma vie de bouffon funambule dans tes entes
Nettoie mon chagrin dans tes cascades et tes fluides…
Me noie dans tes méandres, tes espoirs : « Suivez le guide ! »
Suivez le bruit, suivez la plainte
Et puis
Ressaisi
Je te dors ! Tu me rêves !
Je te danse et tu me chantes.
Ça te chante, te caresse
Je te caresse et tu m’échancres
Je te hante, tu m’envoles
O ma reine du présent.
- Retiens-moi, car le vent
M’emporte
O mon roi de l’avenir
Je viens avec toi
Sur les ailes
Méditation n° 66
Quel étonnant spectacle, une femme qui s’habille. L’objet du désir se voile et permet de relancer le désir du dévoilement. Je me plais à souhaiter que ce temps dure et dure encore pour saisir le moment quand l’envie me revient. J’en raffole.
Quel prodigieux spectacle, cette femme qui s’habille !
D’autant qu’il donne l’espoir qu’elle va enfin s’en aller.
Méditations Incongrues, extraits du volume V : Le coup de pied de l'âne
dimanche 1 mars 2009
Un écrivain haguenovien en lice pour le prix Merlin
© Dernières Nouvelles D'alsace, Dimanche 01 Mars 2009.
mercredi 25 février 2009
dimanche 22 février 2009
Méditations 146, 153 et 239
146 - On a besoin de l’autre ? Oui, certes. Il faut juste surveiller le degré de cuisson…
153 – Tu veux aller de l’avant ? Insensé ! Il n’y a rien que du sûr par là.
239 - Se battre pour faire sa place au soleil ? Ce jeune élève est fou ! On est bien mieux à siroter un cocktail à l’ombre.
Méditations Incongrues, extraits du volume 7, tome 2 : Le porteur et son joug
Voyelles
Je voudrais dans la mare
Attraper des canards
Et sacrifier les veaux
Boucher-poète charcutier-musico
Je voudrais faire mer
D’un océan d’hiver
Nager entre deux eaux
Ecumer des blancheurs et des petits chevaux
Je voudrais être pire
Et dévorer le dire
La gibecière au dos
Bourrée à craquer de mots
Je voudrais être fort
Et découvrir de l’or
En tas et en monceaux
Plein wagonnets à tire-larigot
Je voudrais être dur
Et traverser les murs
Explorer les carreaux
Sans souci de fracas ou de maux
Je voudrais être lyre
Et embaumer la myrrhe
Et puis chanter tout haut
Des vers anciens rendus… nouveaux
Un fonctionnaire intéressé
« Charriez pas, le dernier qui a voulu tenter le coup malgré les avertissements réitérés s’est liquéfié dès la seconde étape. Quoiqu’on ne sache pas réellement s’il était encore vivant, si on peut appeler ça comme ça, quand on l’a tiré de la glace. La cryo a ses limites n’est-ce pas. Mais il avait laissé des instructions, alors hop on a continué hein ! »
J’ai compris un peu trop tard que le bruit émanant de l’aldeb, et que son traducteur automatique pris de folie tentait de travailler comme si son champ magnétique devenait goniorrhéique, était en fait un rire. Terrifiant. Quasiment tout le bar s’était vidé quand le trafiquant avait dit qu’il allait en raconter une bien bonne. J’avais déjà fréquenté des gusses de ce genre mais jamais entendu leur rire. Donc je ne pigeais pas pourquoi tout le monde filait, et les gestes frénétiques dans ma direction, que certains, pris de pitié certainement, faisaient en indiquant l’interprète. Il m’a demandé si je savais ce qu’était un anuas et si j’en avais déjà essayé un… Pff, c’était comme si on me disait de chercher la clé du tarmac d’un astroport de campagne. Lui, ça le faisait « marrer ».
Mais on ne peut pas faire le vexé avec un aldeb adulte en phase apparente de transition mâle-femelle… Si c’est le seul moment où ils causent et font des affaires, c’est aussi le seul moment où ils ont de l’humour - quoique d’aucuns prétendent cet humour extrêmement relatif - et cherchent à le partager avec une insistance, disons, susceptible.
A mon grand soulagement, un temps infini plus tard (en fait quarante secondes environ, mais c’était assez difficile à saisir vu le bruit infernal que faisait le verre brisé qui dégoulinait encore des étagères) son caquetage tonitruant prit fin…
Le bar rouvrit ses portes. Il tendit l’un de ses appendices communicationnels vers moi :
« Nous cherchons un Taprobane, et payons cash, en colloïdes thalassoastres. »
Je faillis m’étouffer en entendant le traducteur baisser le ton et annoncer le poids : mille unités ! Mais je n’étais pas né de la dernière pluie ; ce coup là on me l’avait déjà fait et je m’étais retrouvé avec de la roupie de sansonnet. Je veux bien être un bureaucrate vénal mais que ça rapporte quelque chose qui valait plus que du pezozie vulcanovien ! La morale peut avoir un prix après tout et ce prix doit être payé en monnaies valides, sinon on ne peut plus se fier à personne. Il perçut mon hésitation sous mon début d’étouffement et rajouta :
« En bathyphase bien sûr. Seriez vous intéressé cher voisin ?»
Variations oulipiennes
Sur le thème rebattu des vacances, définies vulgairement à l’anglaise : see, sex and sun, ces quelques à-peu-près codés en devinettes sur les cartes postales envoyées pour amuser les amis. Evidemment les indications entre parenthèses ne sont là que pour le confort du lecteur actuel : j'ai laissé les amis barboter sans leur donner ni thème ni indice, histoire que nous nagions de conserve.
Les solutions sont fournies en rouge.
Exemple
Encore et toujours la même chanson (rengaine) parvenait tout doux vraiment à me lasser.
la scie
Traverser les flots jusqu'à cet ancien canal français (Suez), me parut un bon
Lesseps
subterfuge pour échapper aux ondes lancinantes.
le son
Double
(lire casinos à l’allemande kassinos, oh !)
Les casinos dans cette contrée sont limités :
si cette sont
le six et le sept vous permettent d’empocher
six sept
jusqu'à cent fois la mise.
cent
Traductions ?
« Enfin un instant pour voir la moitié (voir)
see
de mes quatorze fils », me confia par (14/2 fils)
sept sons
ici l’ascète Xénophon. (phon, phone, son )
ci cèteX phon
Par définition
Je peux enfin me consacrer à ce berger écossais facétieux (colley)
Lassie
dont l’unique plaisir semble être d’éviter les flaques
le sec
pour ensuite, fier de sa démonstration, nous la jouer pédagogique.
leçon




