mardi 19 août 2014
Hante
Essoufflé pour un temps,
Je me sens — tour de roc blanc —
Ahaner,
Dans un crépuscule étouffé
Sans rire, la nuit
(Secondes taxidermiques)
Nous allions tout droit sans respirer ni un regard de côté,
Où tout mène avec foi
Le souffle coupé, nous allions au vertige !
Pondre des quatrains à tous les vents possibles…
Sans savoir d’où nous venions
Sans entaille ni coupure
Muets, figés
Après des millions de gens mornes,
Nous suivions aussi des idoles blêmes
Comme si nous n’avions jamais, libres, chantonné.
Des chants badins ?
Mais maintenant, vieux,
Sommes-nous plus affranchis ?
Plus heureux ?
Sotte question ! Car parfois
Je me sens tour de roc blanc
Dans la tour de roc blanc d’un crépuscule
Quand tout mène avec certitude à respirer sans sourire.
Poème présenté au Sentier des arts en septembre 2013
Poésie
Je pèse, dit l'été
à force de marcher,
je perds sous mes pieds la sensation des masses d’air
j’expire toute haine et encore plus de joie
à force de bouger, d’exceptionnelles fois revient la distance,
folle de bonheur, muette — sentier rythmé en ce début d’automne—
balancée comme les feuilles mortes encore à leurs potences.
au champ qui longe le bois, une femme
les bras croisés, scellés, fait face aux sillons encore frais,
— au sillon encore frais s’enracine le cheval — muette, destituée, digne !
et quand, répétant un clic, elle prend les rênes,
la bête se traîne,
désespérant de ses abris, des caresses
Éole silencieux en perd un instant son île
(dans son sac des chants plus doux, des nudités inutiles
et d’autres colifichets) de vue, puis file
à force de parler, ne restent
à la fin de l’été
que souvenirs immobiles
Sérénité évidente
Comment démonter une mort glorieuse ?
On voudrait ne lâcher qu’avec parcimonie
Gauche et brutal un mécanisme inélégant et grinçant
(en d’autres « termes », peste, « la Vie »…)
Comment troubler la mélodie ?
Un chant rauque, pertinent et pérenne (un canon ?)
Comment trouver les règles qui s’appliquent à l’avilissement
Et à la rectitude des orgies ?
Comment forer dans le dos, un trou
Où disparaissent les incertitudes (sans courage et silencieuses)
Avalées, dégluties, croquées, enfirouapées, reçues, gobées, ajoutées…
Pas le choix, mettre les pieds sur ce chemin qu’on use
Jusqu’à l’os glorifié
Qui ne sera jamais
Châsse et relique
Que… (dégusté)
Poèmes présentés au Sentier des arts en septembre 2013
dimanche 10 mars 2013
Faits divers
Quel fut donc le destin de l’émigrant bourrin
Qui avait oublié son passé de roumain ?
Bah !
Que voici un mesclun de bulletins nourris
De ma propre farine et des autres aussi :
Pour moi publications, tocades et écrits,
Pour vous amusements et lasagnes pourris.
Flairant les chevaux morts j’ai fait mon journaliste
Je vous brode ce jour des listes élitistes
Où clients vous verrez des bœufs en documents
Des écrits tout nouveaux, des récits haletants
Traçables sur papier, aussi déjà tracés
Avec des mots dedans… mais authentifiés !
Et pour changer un peu du monstre du Loch Ness,
De soucoupe volante ou d’histoires de fesses,
O mon divin lecteur, je t’ouvre mon écrin
De réincarnations et d’avenirs équins…
Sans garantie pourtant,
Mes avertissements !
Prenez donc Galilée,
Chers lecteurs gastronomes,
L’astronome savant
Sur le fil échappant
Aux commerces des hommes,
Mais aussi au bûcher…
Regardez la Grande Ourse,
Puis la liste des courses ;
Vérifiez bien avant
Sur la blanche étiquette
Le dogme, la recette,
O cochons de payants !
Quoi, le porc serait sain ?
Hardi sur le boudin !
Rêve du lunetier lisant dans sa comète !
Et quand dorénavant ta nouille tu enfournes :
Quelle est la protéine et quelles sont les bêtes
Farcis au micro-ond’ ? Qu’on sache ce qui tourne !
(Je ne pouvais décemment pas proposer une rime entre quéquette et étiquette alors qu’il s’agit de bourrins ! Non, mais, on a sa pudeur ! Ou entre Galilée et haquenée, ça faisait snob).
mardi 16 octobre 2012
Souffle d'art...
dimanche 16 septembre 2012
Raboteuses dévotions
Bistrot
mardi 31 janvier 2012
Gaillarde de brumes glacées
Au jardin dénudé l’hiver joue de la neige ;
Pour une valse lente, un souffle, un sortilège.
Nous rêvons, tournoyant bienheureux tous les trois
De Ursorum Anima
vendredi 11 février 2011
À Étienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville
En 1875 ce trouble et digne personnage, guerroyant contre la mièvrerie romantique ressuscite les rondeaux en un retour aux sources vives de la poésie. Ces fraîcheurs retrouvées sans affectation en font un homme éminemment sympathique. Ses qualités de pédagogue me le rendirent forcément respectable.
Alors, amis lecteurs, accompagnant le Thé, le Café et le Vin,
Vous prendrez bien quelques « Rondels »
Tels que l’aimable Théodore
En composa ; et je l’adore
Pour cet humour en carrousel !
Dans mon billet trimestriel
Versifiant je vous implore
Vous prendrez bien quelques « Rondels »
Tels que l’aimable Théodore
En composa tout un missel.
Pour son humour, pour ses aurores,
Que mes coups de cœur il décore ;
Parce que j’aime… de… « Banvel »
Vous prendrez bien quelques « Rondels ».
De KOPP Eugène Gabriel
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.
J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.
Là sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé.
Le Café
Ce bon élixir, le Café
Met dans nos cœurs sa flamme noire ;
Grâce à lui, fier de sa victoire,
L'esprit subtil a triomphé.
Faux Lignon que chantait d'Urfé,
Tu ne nous en fais plus accroire ;
Ce bon élixir, le Café
Met dans nos cœurs sa flamme noire.
Ne faisons qu'un autodafé
Des vieux mensonges de l'Histoire ;
Et mêlons, sans peur du grimoire,
À notre vieux sang réchauffé,
Ce bon élixir, le Café.
Le Vin
Dans la pourpre de ce vieux Vin
Une étincelle d'or éclate ;
Un rayon de flamme écarlate
Brûle en son flot sombre et divin.
Comme dans l'œil d'un vieux Sylvain
Qu'une Nymphe caresse et flatte,
Dans la pourpre de ce vieux Vin
Une étincelle d'or éclate.
Il ne coulera pas en vain !
À le voir mon cœur se dilate.
Il n'est pas de ceux qu'on frelate
Et je lirai comme un devin
Dans la pourpre de ce vieux Vin.
mardi 12 janvier 2010
Sonet’N’Roll à Mae West
Quand j’ t’ai vu arriver dans ton cuir bien verni
Moi le poil affolé sur mon blouson terni
Le rire sans faux-col sous mes yeux à la coque
J’ai pensé sans vergogne aux obsèques du rock
Téléphoner aux flics, porter plainte et gémir
Pour tapage idéal, naissance du désir ?
Tout’ma vie défila en un instant un seul
Quand j’t’ai vu arriver ton sourir’ sur la gueule
Remède à la laideur, dans ce troquet salingue
Tu t’es posée près d’là et t’as maté mon flingue
J’en pouvais déjà plus, je bandais comme un âne
Tu t’es tournée vers moi détaillant d’un air crâne
Et tu m’a dis c’te phras’ qu’est restée dans mon cœur
« C’eu un peutard q’ t’as là, ou t’es content deum voueur ? »
Théophile de Viau
Voici un modèle d’humour, de mélancolie et de bonheur de vivre ! Il est fils spirituel de Montaigne et de Rabelais, et termine sa vie sous les coups de la canaille et de la racaille assemblées.
Ah, écrire comme il le conseilla, quel idéal, quel rêve ; et quel espoir !
Élégie à une Dame
« Ce métier est pénible, et notre sainte étude
Ne connaît que mépris, ne sent qu'ingratitude :
Qui de notre exercice aime le doux souci,
Il hait sa renommée et sa fortune aussi.
Le savoir est honteux, depuis que l'ignorance
A versé son venin dans le sein de la France.
Aujourd'hui l'injustice a vaincu la raison,
Les bonnes qualités ne sont plus de saison,
La vertu n'eut jamais un siècle plus barbare,
Et jamais le bon sens ne se trouva si rare. […]
La coutume et le nombre autorise les sots,
Il faut aimer la Cour, rire des mauvais mots, […]
L'ignorant qui me juge un fantasque rêveur,
Me demandant des vers croit me faire faveur,
Blâme ce qu'il n'entend, et son âme étourdie
Pense que mon savoir me vient de maladie.
Mais vous à qui le Ciel de son plus doux flambeau
Inspira dans le sein tout ce qu'il a de beau,
Vous n'avez point l'erreur qui trouble ces infâmes,
Ni l'obscure fureur de ces brutales âmes,
Car l'esprit plus subtil en ses plus rares vers
N'a point de mouvements qui ne vous soient ouverts.
Vous avez un génie à voir dans les courages,
Et qui connaît assez mon âme et mes ouvrages. […]
Pour façonner un vers que tout le monde estime,
Votre contentement est ma dernière lime,
Vous entendez le poids, le sens, la liaison,
Et n'avez en jugeant pour but que la raison :
Aussi mon sentiment à votre aveu se range,
Et ne reçoit d'autrui ni blâme ni louange.
Imite qui voudra les merveilles d'autrui,
Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui,
Mille petits voleurs l'écorchent tout en vie :
Quant à moi ces larcins ne me font point d'envie,
J'approuve que chacun écrive à sa façon,
J'aime sa renommée et non pas sa leçon. […]
Mon âme imaginant n'a point la patience
De bien polir les vers et ranger la science,
La règle me déplaît, j'écris confusément,
Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément. […]
Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,
Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l'eau,
Ouïr comme en songeant la course d'un ruisseau,
Écrire dans les bois, m'interrompre, me taire,
Composer un quatrain, sans songer à le faire.
Après m'être égayé par cette douce erreur,
Je veux qu'un grand dessein réchauffe ma fureur,
Qu'un œuvre de dix ans me tienne à la contrainte,
De quelque beau Poème, où vous serez dépeinte :
Là si mes volontés ne manquent de pouvoir,
J'aurai bien de la peine en ce plaisant devoir.
En si haute entreprise où mon esprit s'engage,
Il faudrait inventer quelque nouveau langage,
Prendre un esprit nouveau, penser et dire mieux
Que n'ont jamais pensé les hommes et les Dieux. [ … ] »
Première journée
Ch 1
[…] Il faut que le discours soit ferme, que le sens soit naturel et facile, le langage exprès et signifiant ; les afféteries ne sont que mollesse et qu'artifice, qui ne se trouve jamais sans effort et sans confusion. Ces larcins, qu'on appelle imitation des auteurs anciens, se doivent dire des ornements qui ne sont point à notre mode. Il faut écrire à la moderne. Démosthène et Virgile n'ont point écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle. […] Il faut comme Homère faire bien une description, mais non point par ses termes ni par ses épithètes. Il faut écrire comme il a écrit, mais non pas ce qu'il a écrit. […] les esprits faibles que l'amorce du pillage avait jetés dans le métier des poètes, de la discrétion qu'ils ont eue d'éviter les extrêmes redites, déjà rebattues par tant de siècles, se sont trouvés dans une grande stérilité, et, n'étant pas d'eux-mêmes assez vigoureux ou assez adroits pour se servir des objets qui se présentent à l'imagination, ont cru qu'il n'y avait plus rien dans la poésie que matière de prose, et se sont persuadés que les figures n'en étaient point, et qu'une métaphore était une extravagance. […] Mon livre ne prétend point d'obliger le lecteur, car son dessein n'est pas de le lire pour m'obliger, et, puisqu'il lui est permis de me blâmer, qu'il me soit permis de lui déplaire.
Pourquoi j’aime Théophile de Viau ? Mais à cause du caractère très… actuel de son trait… d’esprit ?
samedi 30 mai 2009
Synopsis
Synopsis
Lettre ouverte pour des éditeurs et des lecteurs encore poètes
Saisi par une idée, ravi par les chimères,
J’écris tout plein d’allant mes petites chansons.
Feuille à feuille j’emplis mes cahiers de brouillon,
D’ébauches et d’essais, de traits à ma manière ;
Quand, l’âme satisfaite et l’esprit insolent,
La fin m’est entendue, la rimaille complète,
J’arrache par pudeur la limaille imparfaite
Et lui fais miroiter un destin moins galant.
Rougeoyante équipée, suprême sacrifice
Pour leur dernier instant, des pages vont au feu
Compagne des nuées vers un ciel vaporeux,
Complices des oiseaux promenant mon caprice.
Délavés, portulans obscurs et défraîchis,
D’autres vers déchirés par mes mains impatientes,
Mouillés par les odeurs, constellés par les fientes,
Au trajet des déchets finiront confettis.
A moins qu’un doux refrain coulis sous bonne étoile,
N’en protège un parti, modeste cerf-volant,
Et l’emporte au hasard, propulsé par le vent,
Chercher un autre port, navire à toutes voiles.
Sur les branches des airs, sur un arbre aérien
Le flocon griffonné qui finissait mistoufle,
Au lecteur indiscret ne dira dans un souffle
Que quelques mots sans fin dérobés à ma main.
Si, passionné lecteur emporté vers le rêve,
Les esprits griffonnés te prennent volontiers,
Tu lis et tu relis cette missive brève ;
S’ils confient à ton cœur ce qui s’y recueillait,
De l’ode parcourant le layon déchiré
Les taches, les défauts, les clairières partielles,
Persévérant ami, que les mots ensorcellent,
De l’écrivain perdu te seras rapproché.
Si ma mémoire est bonne, ou les mémoires des autres, Paul Valéry disait qu’il publiait pour arrêter de corriger. Le message est plein d’humour et de sagesse, mais loin d’être clair si on le lit à la lettre. A peu près comme ce premier mot, « Synopsis » entre « Sy » et « si », où me voici saisi par le verbe, dès avant de le dire, avant même les dits et l’édit.
Foin d’enjouement et de joliveté. Soyons si (encore) possible (bis) circonspect et circonstancié (oui, si si… et j’en oublie) : je lis, j’écris depuis longtemps mais je n’ai pas encore réussi à déterminer laquelle de ces deux aventures nourrissait réellement l’autre, d’un pain plus savoureux que celui de l’apparence. J’ai eu des soupçons toutefois, et sur la foi de ces soupçons - voilà un évènement, des soupçons qui ratissent large et trouvent une foi - je crois nécessaire d’y croire :
« Tu dois le dire trois fois » susurrait le démon dans Faust.
Ecrire, par le passé, proposer à la publication au présent (soyez magnanime devant ce coup philosophique) sera une manière que mes plus vieux fantômes débarrassent enfin le plancher : à force d’accumuler les tréteaux, on empile les plafonds, on se prend solives et chambranles plein la tête à la moindre marche ; au plus petit pas apparaît un coincement, au plus infime mouvement un pinçon térébrant : un chef plein de poutrelles et possiblement des tas de bosses douloureuses.
Peu de place en tout cas, pour de nouvelles apparitions : c’est utopique d’œuvrer sans un ménage dans un tel manège.
Bref ! Monsieur mon balai, il faut que cela sorte.
Que cela aille chez des autres, fasse une livre, ou un livre, une chose d’un demi-kilogramme ou d’un demi-kilomètre, auquel essoufflé par le poids ou la distance je ne puisse plus imputer mes apnées ; que ses erreurs ne me coupent plus le souffle, sauf, ultérieurement, acta est fabula, par graffiti studieux !
Pouvoir dire de quelque chose : « C’est fini », quel repos effarant et délicieux.
Allons, âne et bât à la fois, reviens à tes fariboles, tu es convaincu que la rigueur est poudre aux yeux, mais qu’écrire de la poésie demande pourtant d’être très rigoureux. Perlimpinpin ! On n’est jamais certain. Passez muscade : sait-on ce que l’on dit et ce que l’on laisse en rade ? Radotons :
Madame ou monsieur l’éditeur (trice) de littérature (dur)
Madame ou monsieur l’éditeur (trice) de poésie (si)
Messieurs-dames les combattants et défenseurs des causes perdues (du)
Lecteur… trice
Qui goûtez la vie (vice)
Salut
Ce que ces années d’écriture m’ont apporté ? La fin de la pudeur ? Je bricole des vers méprisables : ils émeuvent aux larmes les fêtes de village, les anniversaires, les enterrements et les rencontres de patronage. Dans les sous-sols où se bouleversent des gens de toutes races, ils bouleversent les gens auxquels je les dédicace. Ils rient, confus, généreux, reconnaissants, et m’invitent, pour marquer le coup, à un verre ou une tablée, un sandwich ou une fricassée, me racontent alors leurs joies, leurs peines, leurs vies. Je donne le poème et je reçois à manger. On me nourrit ! Qui a dit que cela ne munissait pas son homme ? Qui a prétendu que personne ne donne ? Ce n’était pas un pauvre, en tout cas. Aussi je cherche qu’existe une poésie vivante et donnant de la vie.
Que ceux qui s’en réclament clament un instant autre chose qu’un déni : maigres agonisants ou menteurs hystériques, hiératiques exorbités au-dessus de la racaille, sanglotant parce que la popoésie est inénédite et ne fait plus recette de popotte. Z’ont qu’à faire gras, de qualité, et populaire ! Na !
Le règne de la facilité et du mépris est un complot pour faire mourir la littérature. Montaigne est enterré. Rabelais est bien mort. Seuls quelques cadavres exquis cliquettent encore.
Le silence se fait enfin.
Le chant alors s’élance :
« Chemine,
Divague,
Attarde-moi.
Titube, recule, jaillis,
Regarde-toi.
Hésite, vois ta déroute,
Profite du suspense,
Essuie le sang
Et la sueur de la route
Avec ton chiffon d’horizon.
Interroge et simule,
Déraille, détaille,
Voltige,
Tombe sur le cul
Et va, retrouve ton sillon.
Vole au dessus de ton gramophone,
Il faut que ta voix,
Laser aphone,
Porte ! »
Et il franchit la porte,
Echappe.
Dix mille vers.
Et s’il franchit la porte
Elle, échappée,
S’y perd
Si j’ai bien retenu le cri des muses, le message en filigrane, j’aurais définitivement triomphé d’Apollon en continuant de ciseler des vers maladroits qui tentent de parler aux cœurs assemblés autour d’une table où l’on boit réellement, où l’on mange en mastiquant avec de vraies, ou de fausses, dents, et postillonnant, où des voix incarnées murmurent à l’unisson dès la seconde lecture, et chantent à la suivante, car la mémoire, la mémoire n’est-ce pas ? Mnémosyne ? Entre poésie et musique paroles à coup d’émotions se montre une échappée, une métaphore qui abouche la transcendance à la répétition.
Muse ! Ecoute ! Je proposerai des vers de remerciement à l’hôte qui ensoleille ses menus d’un air de ciel bleu et d’un sourire de bienvenue, là-haut près des vignes pas encore vendangées en un mois d’octobre aux beaux restes dorés, et je lui écrirai un mot pour sa bière simple, fraîche, fine, amère et pétillante, en attendant son vin. Un alexandrin pour sa saucisse paysanne et sa moutarde, et s’il le faut je le ferai allemand, pour un verre, avec de la rime, de la pauvre ou de la riche, de la césure à l’hémistiche, de celle qui se travaille et se bricole, cent fois sur le métier on s’y colle, et pour paraphraser Genet, je chercherai à être entendu de Ronsard et qu’il me lise et me jette. Quelle fête !
J’en suis déjà à la métaphysique ? Lecteur, au terme de cette lettre vous aurez, saisi par les ondes douloureuses de la migraine, besoin d’une prescription, de comprimés ! Vous cacherez le pli, maniaque momentané de l’ordre vertical, publication peu, poubellication oui. Cette lettre passera pour lettre de cachet, ordonnance, remède pire que le mal, missive mi-dite, mise en lumière et à l’ombre. Potion à avaler d’un trait sans grimace, juste après le repas : hors d’ici pesantes fumerolles ! Digestions difficiles, je vous vomis sur page blanche, je passe d’une rumination malaisée à une gestion du dire écrit.
Des poésies s’accumulent ? Je suis fichu ! Savez-vous que je pleure en faisant la liste des courses, transfiguré en litanie, confit en dévotions. Confiture d’homme. La poésie ? Qu’elle m’emporte un instant !
Gérontes
A tombeau ouvert
Sur mer et sur terre
Barbus
Vingt vieux barbichus
Se tapent le cul
Par terre
Mauvais caractères
Méchantes misères
Chenus
Vains dieux pauvres hères
Se grattent leur derrière
Crépu
Foncent sans vergogne
Tirent pleines pognes
Des poux
Des poches à trous
Et pas un seul sou
Carognes
Puis ce tas d’ivrognes
Qui pue et qui grogne
Echoue
Au fond d’une soue
Eclaboussant tout
Ils hognent !
Listes de courses ? Qui peut prétendre à la réalité lorsqu’il écrit ? Qui érige la crédibilité en critère ? J’ai le sentiment, affaire de vibration, que la trace matérielle de l’encre sur le vélin est bien moins proche de l’objet que le vent et l’onde, portants de la parole. Alors, de genres ou de gares ? Gare, on se goure avec ces giries qui paraissent garer la littérature dans des grilles !
Demanderiez-vous des extraits ? En voici !
Et je vous souhaite, pour la peine prise à maintenir les flambeaux du verbe, que la musique des mots vous soit polychrome, c’est-à-dire ait ce don fellinien enfin, de synopsie.
Cinéma !
« Marche dans les villes,
Décris-les de l’une à l’autre, vagabond aventurier ! »
Je fais des kilomètres de solitude à ma façon Charlot.
Je marche, marche toujours, prince sans divertimento...
Il pleut ! Verlaine se détisse de ma paroisse malaisée,
En quelque endroit de mon cerveau
Pose sa plume à nouveau,
Me regarde et me distille :
« Tu parlerais d’amour, ou de cul, à une fille mouillée,
Qui pleure et danse son sourire sous les cordes tombées ? »
Je viserai, oui, ses courbes affines, et à la sortie de l’usine
D’un rire lui chanterai : « Je cherche après Titine ! »
Jusqu’à l’estaminet.
Très cordialement,
G. E.K
jeudi 9 avril 2009
Le dernier mot
- Mes sœurs Jacques
Mes sœurs Lianes
Je vous dors. Dormez-moi
Je vous rêve ; rêvez-moi
Je vous danse, dansez-moi…
Je vous chante, dites-moi ?
Je vous vante, hantez-moi.
Soyez soyeuses fantômes aventureuses
Soyez joyeuses qui soignent leurs parcours dans mon château
Et dans mes tours
Comme un fleuve en crue
Femmes
Je vous charrie, toutes nues
Comme ponts et passerelles
Je me promène
Avec vous,
Mes reines toutes belles
Au-dessus
Dames,
Blanches fleurs qui fanent
Quand leurs héros malandrins
Roi d’avenirs incertains
Flânent
Et s’égarent en chemin.
Les clochettes à mon bonnet tintinnabulent
Qui danse sur les fils de ton royaume.
Si, dédale de couloirs,
En mon passé forteresse, tu erres
Mur, je m’éternise et je me perds
Lézard entre tes fentes
Je tisse, trappeur, ma vie de bouffon funambule dans tes entes
Nettoie mon chagrin dans tes cascades et tes fluides…
Me noie dans tes méandres, tes espoirs : « Suivez le guide ! »
Suivez le bruit, suivez la plainte
Et puis
Ressaisi
Je te dors ! Tu me rêves !
Je te danse et tu me chantes.
Ça te chante, te caresse
Je te caresse et tu m’échancres
Je te hante, tu m’envoles
O ma reine du présent.
- Retiens-moi, car le vent
M’emporte
O mon roi de l’avenir
Je viens avec toi
Sur les ailes
dimanche 22 février 2009
Voyelles
Je voudrais dans la mare
Attraper des canards
Et sacrifier les veaux
Boucher-poète charcutier-musico
Je voudrais faire mer
D’un océan d’hiver
Nager entre deux eaux
Ecumer des blancheurs et des petits chevaux
Je voudrais être pire
Et dévorer le dire
La gibecière au dos
Bourrée à craquer de mots
Je voudrais être fort
Et découvrir de l’or
En tas et en monceaux
Plein wagonnets à tire-larigot
Je voudrais être dur
Et traverser les murs
Explorer les carreaux
Sans souci de fracas ou de maux
Je voudrais être lyre
Et embaumer la myrrhe
Et puis chanter tout haut
Des vers anciens rendus… nouveaux
jeudi 8 janvier 2009
Parfois mes mots camelot
« Mes mots sont de toujours !
Hurlait le camelot,
Ces fameux mots-là
Sont d’avant toute guerre,
Sont d’avant tous les temps,
Toute génération d’avant !
Mes mots sont pubères
Depuis belle lurette.
Tous ces mots d’aujourd’hui
Ne veulent plus rien dire ;
Tristes notions
D’après tous les déluges,
D’après tous les refuges,
D’après toutes les vies,
D’avant toutes les fêtes…
Achetez, achetez
Soyez pas bêtes,
Pas chers et très beaux
Mes vieux mots. »
J’en achetai un lot.
A la maison sitôt
Je défis la faveur,
De mon paquet de fleurs.
Au fond de la boîte vide
Un seul verbe avide,
Terré au coin du carton,
Toutes dents affûtées
M’attendait :
RACONTER
mardi 25 novembre 2008
Route d'automne
Soc, sillon
Pré gorgé
Ciel d’ardoise
Nids tombés
Bitume, néons
Lignes grisées
Ciel de plomb
Gravier lancé
Bruits de lions
Forêts de serpents
Sinueux buissons
Lianes accrochées par le vent
Immeubles furtifs
Ciels entrevus
Trottoirs lascifs
Et piétons perclus
Cataractes !
Catadioptres…
Bruine sournoise
Brume tendue.

