vendredi 21 mai 2010
Méditation IV – 106
106 – Les fantômes n’existent pas, mais je peux quand même être hanté.
Méditations Incongrues, extraits du volume IV : Le fil et le nœud
Méditation V – 112,113
112 - Retourne régulièrement dans ton passé pour transformer ce qui te déplaît : les endroits où tu as été maladroit, criminel, obscène ou stupide, corrige-les avec ces retours réguliers. Mais surtout, ne cherche pas à en tirer de leçons. Il n’y a rien de pire qu’un pédagogue impuissant.
113 - Il n’y a pas d’expérience de la vie. Il y a l’incommensurable propension à refaire les mêmes stupidités. Et ensuite la lamentation indécente du regret ou du remords. Tais-toi et rumine !
Méditations Incongrues, extraits du volume V : Le coup de pied de l’âne
jeudi 20 mai 2010
La Fontaine
Eh bien oui ! J’ai déjà dit tout le bonheur et les découvertes que me procure sa lecture. Les lapins ne lui sont pas étrangers… Était-il lapin ?
Le Lion dans sa tête avait une entreprise.
Il tint conseil de guerre, envoya ses Prévôts,
Fit avertir les animaux :
Tous furent du dessein, chacun selon sa guise.
L'Éléphant devait sur son dos
Porter l'attirail nécessaire
Et combattre à son ordinaire,
L'Ours s'apprêter pour les assauts ;
Le Renard ménager de secrètes pratiques,
Et le Singe amuser l'ennemi par ses tours.
Renvoyez, dit quelqu'un, les Anes qui sont lourds,
Et les Lièvres sujets à des terreurs paniques.
- Point du tout, dit le Roi, je les veux employer.
Notre troupe sans eux ne serait pas complète.
L'Âne effraiera les gens, nous servant de trompette,
Et le Lièvre pourra nous servir de courrier.
Le monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,
Et connaît les divers talents :
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.
Pourquoi cette fable me fait-elle immanquablement songer à la chanson de Félix Leclerc, « Les 100000 façons de tuer un homme » ? Curieuse association d’idées. Encore une qui ne vaut pas un pet ! Certainement zafè a kabrit pa zafè a lapin !
Méditation III - 35
35 – Si conscience de classe signifie manque de l’une et de l’autre, je m’abstiens volontiers.
Méditations Incongrues, extraits du volume III : N’ayons pas peur des mots
Les lapins...
lundi 1 mars 2010
Gabriel Eugène Kopp en dédicace
Et l'auteur est à l'aise dans tous les registres : son nouveau livre n'a rien à envier au déjà brillant Au nord-nord-ouest d'Eden paru il y a deux ans (DNA du 15 mai 2008) et chaleureusement accueilli, notamment par le spécialiste du genre Jean-Pierre Dionnet.
La dernière nécropole part de la découverte, dans la ceinture de Kuiper, d'un « artefact en forme de tore », renfermant des milliers - millions ? - de corps gisant nus et calmes dans une lumière bleue, bercés par une musique aux accents inconnus. Morts.
S'en suit un récit passionnant au style remarquable, digne des meilleurs auteurs anglo-saxons. Court et bien rythmé, l'ouvrage s'interroge sur l'être et la divinité, sans jamais se départir d'un brin d'humour sarcastique : « Les scientifiques ont mauvaise mine. C'est peut-être qu'ils ne se posent pas les bonnes questions... »
Gabriel Eugène Kopp dédicacera La dernière nécropole ce samedi à la librairie Vincenti.
mercredi 27 janvier 2010
Un recueil d'émotions

Ça ressemble à un virage à 180 degrés. Le premier ouvrage du Haguenovien Gabriel Eugène Kopp, paru au printemps 2008, était un court roman de science-fiction, au style brillant, qui plongeait le lecteur dans un univers imaginaire, glacé et glaçant, Au nord-nord-ouest d'Éden. Son deuxième « bébé », sorti des presses début octobre, est un recueil de poésies baigné de soleil et de pluies chaudes, inspiré de la Guadeloupe et de ses habitants - direction, cette fois, les Caraïbes.
« Le même dessein »
« Une posture de yoga »
mardi 12 janvier 2010
Un flic sans rien d’anormal
[…]
Le collègue l’attendait confortablement installé dans le salon de son appartement. En sirotant un petit noir, il spéculait : le lieu était meublé avec goût et simplicité, murs noirs et mobilier blanc, transparences étudiées soulignées par les seules couleurs de la pièce, des objets posés ou apposés sur les surfaces : fruits, livres, toiles et gravures, boîtes de médicaments en théories infinies.
Des arcs-en-ciel se déployaient selon l’inclinaison d’appliques éclairant les étagères de verre. Un quatuor de Mozart en fond sonore. Wake On The Graves cassant du rythme à la cuisine, et Bauhaus jouant en soft Bela Lugosi’s Dead dans la salle de bains (il avait vu la pochette en se lavant les mains)… Rien d’anormal.
Il avait identifié les morceaux plus tard chez son disquaire favori. Celui-ci lui avait donné un sérieux coup de main, interloqué que son client, habitué au rap le plus ringard, se perde dans le post-punk gothique, le hard rock et le classique.
Il y avait bien le boa constrictor lové dans la chauffeuse blanche, tête oblongue posée sur l’accoudoir.
Il l’avait d’abord cru empaillé, jusqu’à ce qu’il joue de sa langue bifide, en même temps que la musique parvenait à sa conscience.
Tramontocchio passa dans le couloir, et rassura son équipier d’un ricanant : « T’en fais pas pour Miro, il ne mord pas ! Il m’apprend à lire… »
Le collègue ne caressa pas le serpent, ni ne comprit la blague. Il était très jeune. Il la comprit lorsqu’il raconta la singulière rencontre à son père, qui explosa de rire et lui expliqua – avec l’orthographe du nom dont le serpent avait été affublé et qui n’avait rien à voir avec la déficience visuelle de son propriétaire - quelques breloques d’antan, de l’époque qu’ils apprenaient l’alphabet, avec sa mère.
Il demanda à son fils où son ami avait son élevage de souris blanches. La maman demanda si elles avaient les yeux rouges, et si tout le monde devenait fou autour de son singulier confrère …
Rien d’anormal.
[…]
Extrait, De Gueules Pleines de Dents, nouvelle policière inédite
Méditations
51 - Il n’y a pas de bienfait pour l’humanité, sinon attendre qu’elle se dissolve dans le limon, puis attendre l’érosion, puis attendre que la boue se dépose... Ah si, il y aurait un bienfait pour l’humanité : enchaîner le potier.
59 - Il n’y a que la guerre intérieure ! Toute autre guerre est affaire de marchands et de réglementations : affaire de fainéants criminels.
60 - Nous sommes perdus, il n’y a pas de chemin ni de couloirs pour nous guider. Il n’y a pas de guides. Ou alors ils sont écrits dans une langue que nous ne connaissons pas et que nous ne connaîtrons jamais. Il n’y a pas de guides, il y a des charlatans prévaricateurs et prétentieux qui veulent ignorer qu’ils sont aussi nuls que leurs sectateurs.
61 - L’horreur gît tapie au fond de nous. Elle porte un nom sulfureux : « passé ».
64 – Nostalgie ? Angoisse ? Lamentation ? Tu as vraiment du temps à perdre ! Respire correctement, ton absence de cerveau est mal irriguée !
65 - L’homme ne peut pas voir grand ! Comment serait-ce possible à quelqu’un qui a les yeux sur la face avant de la tête ?
Méditations incongrues, extraits du volume VIII : Trois sous d’aphorismes, et une bière pour faire glisser, tome 5
Échelle de Jacob Art Nouveau ?
Il tombe.
Les marches métalliques sont traîtresses. Il sent l’écorchure douloureuse à son genou. Et le poids sur son dos pèse.
Lourd.
Il se relève, rajuste son fardeau en travers de ses épaules.
Il reprend son ascension.
Il doit absolument parvenir au sommet de la tour.
Il sait que l’avenir de l’humanité en dépend.
Il ne faillira pas.
Une marche après l’autre.
L’effort fait chauffer les quadriceps. Les mollets se crispent et se tétanisent. Bien plus haut, il tombe encore. La fatigue cette fois.
L’air commence à lui manquer. Il est à mi-parcours. Péniblement il s’accroche d’une main à la rampe métallique. Le bras, les jambes se crispent. Il pousse, et tire, ahane et se redresse. Le souffle court, il reprend sa montée…
Il relève la tête et à travers l’encorbellement métallique aperçoit la plate-forme. Encore trois mètres de dénivelé - le panneau à côté de lui renseigne le grimpeur -, il pousse sur les jambes, faiblit, désespère, s’encourage.
Monte une marche, espère monter la dernière et trébuche une troisième fois.
Le haut de son corps s’écrase sur la plate-forme. Il met les mains en avant, son bagage roule par-dessus sa tête et s’arrête quelques centimètres plus loin. Une tête nue et glabre regarde une autre tête nue…
Le côté gauche de son visage est marqué par le crénelage du métal. Ça n’arrangera pas son sinus douloureux. Il respire un instant dans cette position. Relève la tête, prend conscience de son tibia qui a douloureusement ripé sur la dernière marche. Lentement il s’assied, remonte la jambe de son pantalon et considère l’écorchure qui saignotte et bleuit déjà. Un peu plus haut, son genou contusionné.
Il tourne la tête, détaille le chemin parcouru, pense à celui qui est derrière lui, à ce qui reste à parcourir. Il se lève, entend ses os craquer, baisse la tête, considère une main tendue et, charitable, la saisit.
Extrait de Château d’eau, novella policière inédite
Vocabulaire ?
Anthropostase de ‘anthropo’ homme et ’stase’ arrêt
Désigne toute forme d’assassinat, légal ou non, quel qu’en soit l’outil : culture de masse ou parabellum.
Rhéoplastique de ‘rhéo’ couler et ‘plastique’ modelage
1. Coulage à chaud de masques plastifiés. Technique utilisée par certains criminels pour se glisser dans la peau de personnes vertueuses. On repère l’individu rhéoplastifié au fait qu’il a une bonne tête et un discours tempérant assorti d’un comportement délinquant.
2. Adjectif utilisé en littérature fantastique pour désigner l’apparence saine d’individus possédés.
Tératotype de ‘térato’ monstre et ‘type’ caractère
1. « Caractère de cochon » : un cran au-dessus ! Utilisation plus fréquente depuis le film Alien pour qualifier l’humeur généralement bienveillante du bestiau vedette. Le tératotype apparaît parfois sous le rhéoplastifié.
2. Terme de sociologie du travail désignant des individus cumulant de nombreuses tâches. Tout calcul du temps de travail quotidien impliqué par leurs allégations prouve que ce sont des extra-terrestres originaires de planètes où la journée, jamais inférieure à 24 heures, fait 53, 78 ou 99 heures… au moins.
Test à effectuer d’urgence
Réponse 1 : le canon de votre pistolet à bouchon négligemment posé sur leur portefeuille, ils persistent dans leurs allégations. Tirez !
Le portefeuille une fois abattu, vous verrez son ex-détenteur tomber à genoux en pleurant de soulagement. Vous venez de faire œuvre pie. Il vous remerciera au centuple de l’avoir délivré.
Réponse 2 : votre canon à yaourt négligemment posé sur leur portefeuille ils ne persistent pas dans leurs allégations : laissez tomber. Ce ne sont pas des aliens, ce sont juste des politiciens ou des manageurs.
Sonet’N’Roll à Mae West
Quand j’ t’ai vu arriver dans ton cuir bien verni
Moi le poil affolé sur mon blouson terni
Le rire sans faux-col sous mes yeux à la coque
J’ai pensé sans vergogne aux obsèques du rock
Téléphoner aux flics, porter plainte et gémir
Pour tapage idéal, naissance du désir ?
Tout’ma vie défila en un instant un seul
Quand j’t’ai vu arriver ton sourir’ sur la gueule
Remède à la laideur, dans ce troquet salingue
Tu t’es posée près d’là et t’as maté mon flingue
J’en pouvais déjà plus, je bandais comme un âne
Tu t’es tournée vers moi détaillant d’un air crâne
Et tu m’a dis c’te phras’ qu’est restée dans mon cœur
« C’eu un peutard q’ t’as là, ou t’es content deum voueur ? »
Théophile de Viau
Voici un modèle d’humour, de mélancolie et de bonheur de vivre ! Il est fils spirituel de Montaigne et de Rabelais, et termine sa vie sous les coups de la canaille et de la racaille assemblées.
Ah, écrire comme il le conseilla, quel idéal, quel rêve ; et quel espoir !
Élégie à une Dame
« Ce métier est pénible, et notre sainte étude
Ne connaît que mépris, ne sent qu'ingratitude :
Qui de notre exercice aime le doux souci,
Il hait sa renommée et sa fortune aussi.
Le savoir est honteux, depuis que l'ignorance
A versé son venin dans le sein de la France.
Aujourd'hui l'injustice a vaincu la raison,
Les bonnes qualités ne sont plus de saison,
La vertu n'eut jamais un siècle plus barbare,
Et jamais le bon sens ne se trouva si rare. […]
La coutume et le nombre autorise les sots,
Il faut aimer la Cour, rire des mauvais mots, […]
L'ignorant qui me juge un fantasque rêveur,
Me demandant des vers croit me faire faveur,
Blâme ce qu'il n'entend, et son âme étourdie
Pense que mon savoir me vient de maladie.
Mais vous à qui le Ciel de son plus doux flambeau
Inspira dans le sein tout ce qu'il a de beau,
Vous n'avez point l'erreur qui trouble ces infâmes,
Ni l'obscure fureur de ces brutales âmes,
Car l'esprit plus subtil en ses plus rares vers
N'a point de mouvements qui ne vous soient ouverts.
Vous avez un génie à voir dans les courages,
Et qui connaît assez mon âme et mes ouvrages. […]
Pour façonner un vers que tout le monde estime,
Votre contentement est ma dernière lime,
Vous entendez le poids, le sens, la liaison,
Et n'avez en jugeant pour but que la raison :
Aussi mon sentiment à votre aveu se range,
Et ne reçoit d'autrui ni blâme ni louange.
Imite qui voudra les merveilles d'autrui,
Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui,
Mille petits voleurs l'écorchent tout en vie :
Quant à moi ces larcins ne me font point d'envie,
J'approuve que chacun écrive à sa façon,
J'aime sa renommée et non pas sa leçon. […]
Mon âme imaginant n'a point la patience
De bien polir les vers et ranger la science,
La règle me déplaît, j'écris confusément,
Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément. […]
Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,
Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l'eau,
Ouïr comme en songeant la course d'un ruisseau,
Écrire dans les bois, m'interrompre, me taire,
Composer un quatrain, sans songer à le faire.
Après m'être égayé par cette douce erreur,
Je veux qu'un grand dessein réchauffe ma fureur,
Qu'un œuvre de dix ans me tienne à la contrainte,
De quelque beau Poème, où vous serez dépeinte :
Là si mes volontés ne manquent de pouvoir,
J'aurai bien de la peine en ce plaisant devoir.
En si haute entreprise où mon esprit s'engage,
Il faudrait inventer quelque nouveau langage,
Prendre un esprit nouveau, penser et dire mieux
Que n'ont jamais pensé les hommes et les Dieux. [ … ] »
Première journée
Ch 1
[…] Il faut que le discours soit ferme, que le sens soit naturel et facile, le langage exprès et signifiant ; les afféteries ne sont que mollesse et qu'artifice, qui ne se trouve jamais sans effort et sans confusion. Ces larcins, qu'on appelle imitation des auteurs anciens, se doivent dire des ornements qui ne sont point à notre mode. Il faut écrire à la moderne. Démosthène et Virgile n'ont point écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle. […] Il faut comme Homère faire bien une description, mais non point par ses termes ni par ses épithètes. Il faut écrire comme il a écrit, mais non pas ce qu'il a écrit. […] les esprits faibles que l'amorce du pillage avait jetés dans le métier des poètes, de la discrétion qu'ils ont eue d'éviter les extrêmes redites, déjà rebattues par tant de siècles, se sont trouvés dans une grande stérilité, et, n'étant pas d'eux-mêmes assez vigoureux ou assez adroits pour se servir des objets qui se présentent à l'imagination, ont cru qu'il n'y avait plus rien dans la poésie que matière de prose, et se sont persuadés que les figures n'en étaient point, et qu'une métaphore était une extravagance. […] Mon livre ne prétend point d'obliger le lecteur, car son dessein n'est pas de le lire pour m'obliger, et, puisqu'il lui est permis de me blâmer, qu'il me soit permis de lui déplaire.
Pourquoi j’aime Théophile de Viau ? Mais à cause du caractère très… actuel de son trait… d’esprit ?
mercredi 16 décembre 2009
Actus
Et à l'adresse de ceux qui en prennent l'habitude : la livraison 7 sera bientôt prête ! |
jeudi 15 octobre 2009
samedi 3 octobre 2009
Caraïbes On le trouve chez l'éditeur FLAMMES VIVES et dans toutes les bonnes épiceries de produits exotiques : les librairies. |






